04 août 2026

Fraude au président : comment protéger votre entreprise ?

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cybersécurité

Un appel ou un email, un ton pressant, une demande de confidentialité absolue, un virement à effectuer dans l’heure : la fraude au président suit toujours le même scénario, et pourtant elle continue de fonctionner. Apparue en France au début des années 2010, cette escroquerie aux faux ordres de virement (FOVI) reste l’une des formes de fraude les plus coûteuses pour les entreprises, quelle que soit leur taille.

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Qu’est-ce que la fraude au président ? 

La fraude au président consiste à usurper l’identité d’un dirigeant, d’un associé ou d’une personne d’autorité (parfois un avocat ou un cabinet de conseil mandaté) pour convaincre un collaborateur — souvent en comptabilité, en direction financière ou à l’assistanat de direction — d’exécuter un virement urgent vers un compte frauduleux. 

Le mécanisme repose sur trois leviers psychologiques, toujours combinés : l’urgence (le virement doit partir immédiatement), l’autorité (l’ordre vient, en apparence, d’une personne qui ne se conteste pas), et le secret (la demande est présentée comme confidentielle, ce qui empêche la victime de vérifier auprès d’un collègue). C’est une technique d’ingénierie sociale : elle ne contourne pas les systèmes informatiques, elle contourne les personnes.

Un risque documenté, qui touche tous les profils d’entreprise

La fraude au président a frappé des organisations de toutes tailles, y compris de grands groupes réputés bien protégés, avec des préjudices pouvant atteindre plusieurs millions d’euros lorsque plusieurs virements successifs sont validés avant que la fraude ne soit détectée — c’est souvent l’enchaînement de plusieurs opérations, plutôt qu’un seul virement isolé, qui explique les montants les plus élevés rapportés par la presse économique ces dernières années. 

Ces cas emblématiques ne doivent pas masquer une réalité plus large : selon l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP) de la Banque de France, la fraude par manipulation — qui regroupe la fraude au président et les autres formes de faux ordres de virement — a représenté plus de 380 millions d’euros de préjudice en France en 2024, soit environ un tiers de l’ensemble des fraudes aux moyens de paiement. Cette tendance s’est
poursuivie en 2025, avec une nouvelle hausse du montant des fraudes au virement constatée par la Banque de France au premier semestre.

Comment les fraudeurs préparent leur attaque 

Contrairement à une idée reçue, la fraude au président est rarement improvisée. Les fraudeurs, souvent organisés en réseaux structurés, préparent leur cible : ils identifient l’organigramme de l’entreprise, le nom et le style d’écriture du dirigeant, parfois même son emploi du temps (déplacements, absences), pour rendre leur usurpation crédible. Ils peuvent créer une adresse email visuellement proche de la vraie adresse de l’entreprise, ou
compromettre directement une boîte mail professionnelle — voir notre article sur le piratage d’e-mails.

L’intelligence artificielle a ajouté une dimension supplémentaire à cette préparation : voix clonées, visioconférences avec un interlocuteur entièrement généré par IA. Plus largement, l’IA générative a abaissé le coût et la technicité nécessaires pour mener ce type d’attaque — un phénomène détaillé dans notre article Cybersécurité et IA : six réflexes pour votre entreprise. Le volet voix et visages clonés en particulier est suffisamment important pour mériter un traitement à part entière — voir notre article dédié Deepfake vocal : quand l’IA réinvente la fraude au président.

Un scénario plus courant qu’il n’y paraît 

Les cas les plus médiatisés impliquent souvent de grands groupes, mais la majorité des tentatives visent des structures bien plus modestes, avec des montants bien inférieurs — ce qui ne les rend pas moins déstabilisantes pour l’entreprise qui les subit. 

Exemple reconstitué, représentatif des schémas les plus fréquemment observés dans les PME : 

Un vendredi après-midi, la responsable administrative et financière d’une entreprise de 40 salariés reçoit un email qui semble provenir du directeur général, en déplacement à l’étranger cette semaine-là — une information que le fraudeur a simplement lue sur LinkedIn. Le message évoque une “acquisition stratégique en cours” et demande l’exécution d’un virement de 38 000 euros vers un nouveau bénéficiaire, avec la mention : “je ne suis
pas joignable normalement aujourd’hui, merci de traiter ça en direct et de garder ça entre nous jusqu’à l’annonce officielle”.

Le ton, la signature, le style d’écriture reprennent fidèlement les habitudes du dirigeant — le fraudeur les a étudiées à partir d’échanges publics ou de contenus déjà en ligne. Un second email arrive peu après, apparemment relayé par un “cabinet d’avocats” chargé du dossier, avec les coordonnées bancaires du virement à effectuer. 

Prise entre l’urgence affichée, l’autorité apparente du message et la consigne de confidentialité, la RAF hésite à déranger le dirigeant en pleine réunion à l’étranger pour une simple vérification. C’est précisément ce moment de doute, avant toute action, qui fait la différence : une entreprise ayant formalisé une procédure de double validation — même pour les demandes présentées comme exceptionnelles — bloque la tentative à ce stade.  Une entreprise qui laisse la pression de l’urgence l’emporter sur la procédure ne s’en rend souvent compte qu’après l’exécution du virement.

Les signaux qui doivent alerter

  • Une demande de virement urgente et exceptionnelle, en dehors des procédures habituelles de validation.
  • Une exigence de confidentialité absolue, qui interdit d’en parler à un collègue ou à un supérieur.
  • Un interlocuteur qui connaît des détails précis sur l’entreprise (organigramme, jargon interne, calendrier), destinés à rassurer plutôt qu’à alerter.
  • Un canal de contact inhabituel : un numéro de téléphone différent de celui connu, une adresse email légèrement modifiée, un appel en dehors des horaires habituels.
  • Une destination de virement inhabituelle : compte à l’étranger, nouveau bénéficiaire, montant rond et élevé.

Comment protéger votre entreprise

  • Formaliser une procédure de double validation pour tout virement dépassant un seuil défini, sans exception, y compris pour les demandes présentées comme urgentes ou confidentielles — en particulier une demande qui vise justement à contourner cette procédure est en elle-même un signal d’alerte.
  • Vérifier systématiquement par un canal indépendant. Un appel de rappel sur un numéro déjà connu (jamais celui fourni dans le message suspect) suffit à neutraliser la quasi-totalité des tentatives, même les plus sophistiquées.
  • Sensibiliser en priorité les fonctions exposées : comptabilité, direction financière, assistanat de direction. Ce sont les cibles privilégiées, précisément parce qu’elles ont l’autorité nécessaire pour exécuter un virement.
  • Encourager le doute plutôt que la rapidité d’exécution. Une culture d’entreprise où poser une question de vérification n’est jamais perçu comme un manque de confiance envers la direction protège davantage qu’un outil technique isolé.
  • Sécuriser les virements avec les dispositifs disponibles, comme la Verification of Payee (VoP), qui vérifie la correspondance entre le nom du bénéficiaire et l’IBAN avant l’exécution d’un virement SEPA.

Consulter notre page dédiée : Lutter contre les risques de fraude

Vous êtes déjà victime : que faire ?

Chaque minute compte. Contactez immédiatement votre chargé d’affaires bancaire pour tenter de bloquer ou récupérer les fonds, déposez plainte auprès des services de police ou de gendarmerie, et conservez toutes les preuves disponibles (emails, enregistrements d’appels, horodatage, numéro utilisé). Ne répondez à aucune sollicitation ultérieure du fraudeur, y compris s’il se présente comme pouvant aider à récupérer les fonds. C’est une pratique connue pour obtenir des informations supplémentaires. 

Sur le plan pénal, cette escroquerie est qualifiée d’escroquerie au sens de l’article 313-1 du Code pénal, potentiellement cumulée avec une usurpation d’identité si le fraudeur s’est fait passer pour une personne précise. Ces éléments doivent figurer dans le dépôt de plainte pour une qualification complète du dossier.
Pour aller plus loin sur les aspects juridiques post-incident, consultez notre article Cyberattaque : quelle protection juridique pour le dirigeant ?

Questions fréquentes

La fraude au président vise-t-elle uniquement les grandes entreprises ? 

Non. Si les cas les plus médiatisés concernent de grands groupes, les PME et TPE sont également ciblées, souvent parce qu’elles disposent de procédures de contrôle moins formalisées. 

Un simple appel de vérification suffit-il à se protéger ? 

Dans la grande majorité des cas, oui — à condition d’appeler un numéro déjà connu et enregistré, jamais un numéro fourni dans le message ou l’appel suspect lui-même. C’est le réflexe le plus simple et le plus efficace. 

Quelle est la différence entre fraude au président et fraude au faux fournisseur ? 

La fraude au président usurpe l’identité d’une personne d’autorité interne ou proche de l’entreprise (dirigeant, associé). La fraude au changement de RIB usurpe l’identité d’un partenaire commercial externe pour détourner le paiement d’une facture. Les deux
exploitent la confiance, mais avec des points d’entrée différents.

Que faire dans les jours qui suivent une fraude au président avérée ? 

Contactez votre chargé d’affaires BNP Paribas sans délai : c’est la démarche la plus efficace pour limiter les conséquences financières et être orienté sur les étapes suivantes. Déposez également plainte, et rapprochez-vous si besoin d’un avocat pour vous accompagner dans la suite du dossier. Chaque situation est étudiée au cas par cas selon ses circonstances propres.