Matières Premières : L'espoir d'une trêve durable
La semaine dernière a une fois de plus montré à quel point la géopolitique peut bouleverser les équilibres des matières premières. La détente entre les États Unis et l’Iran a fait chuter les prix du pétrole et du gaz et l’attention des opérateurs se porte désormais sur les avancées concernant la réouverture du détroit d’Ormuz, les décisions monétaires de la Fed et les effets d’un El Niño très marquant. Entre annonces de paix, nouvelles restrictions, régulations renforcées et vague de chaleur historique, découvrez dans notre analyse détaillée comment ces dynamiques façonnent les perspectives de ces marchés. Pour anticiper ces mouvements stratégiques, le Desk Matières Premières vous propose ce décryptage des marchés de l'énergie, des métaux et de l'agriculture, en date du 22/06/2026.
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Énergie
La deuxième semaine du mois de juin 2026 a montré à quel point la géopolitique peut rapidement recomposer les équilibres des matières premières. La détente au Moyen Orient a alimenté une baisse des prix du gaz et du pétrole, tandis que l’incertitude persistante a maintenu les marchés de l’électricité et du carbone dans une phase de volatilité. Les opérateurs restent vigilants, attendant les premiers impacts concrets de la réouverture du détroit d’Ormuz et les décisions politiques qui façonneront le cadre réglementaire des énergies en Europe. L’ensemble des cours a été dominé par l’évolution des relations entre les États Unis et l’Iran. L’annonce successive d’un accord de paix, d’abord sous forme d’entente intermédiaire puis d’un mémorandum signé le 18 juin, a entraîné une détente progressive des tensions géopolitiques autour du détroit d’Ormuz, point de passage essentiel pour le pétrole et le gaz mondiaux. Cette perspective a généré des réactions immédiates et contrastées sur les marchés du pétrole, du gaz naturel, de l’électricité et du carbone.
Le Brent toujours sur une trajectoire négative
Le Brent a amorcé la semaine en forte chute, perdant plus de 4 % pour toucher 83 dollars le baril le mercredi, avant de s’établir autour de 77 dollars le vendredi, tout en restant sur une trajectoire hebdomadaire négative. Parallèlement, le Royaume Uni a fixé une échéance au 1 janvier 2027 pour interdire les carburants dérivés du brut russe, tandis que la Russie a assoupli temporairement ses normes environnementales et interdit les exportations de diesel jusqu’au 31 juillet afin d’atténuer ses pénuries internes.
Le gaz remonte faiblement après une chute spectaculaire
- Les cours du gaz européen ont chuté de façon spectaculaire dès le lundi, tombant de plus de 5% pour s’établir à 44 €/MWh, le niveau le plus bas depuis cinq semaines. Après un léger rebond à 43 €/MWh le mardi, les prix ont poursuivi leur descente, atteignant 40,1 €/MWh le jeudi, creux de deux mois, avant de remonter modestement à 41,5 €/MWh le vendredi. La volatilité s’explique autant par l’espoir d’une réouverture du détroit d’Ormuz que par les incertitudes liées à la remise en service du complexe de Ras Laffan au Qatar et aux prévisions de demande accrue dans le cadre d’une vague de chaleur prévue en Europe.
- Sur le segment électrique, la semaine a été marquée par deux phénomènes opposés. En Scandinavie, la liquidité des contrats à terme a reculé depuis l’acquisition du portefeuille Nasdaq par Nord Pool, même si les volumes commencent à se stabiliser. En France, les prix ont flambé à la mi-semaine en raison d’un avertissement de canicule qui devrait pousser les besoins de refroidissement et augmenter le risque de pannes nucléaires. Le jeudi, la quasi absence de vent dans le nord ouest de l’Europe a fait grimper les prix spot au-dessus de 500 €/MWh, illustrant la sensibilité du système aux conditions météorologiques. Le vendredi, le Parlement français a adopté une loi destinée à relancer les investissements dans l’hydro électricité, une mesure qui pourrait, à moyen terme, renforcer la résilience de l’offre.
- Les EUAs ont oscillé autour du seuil psychologique des 80 €. Après une première hausse le mardi, les quotas européens ont franchi les 80 € suite à l’annonce du mémorandum et à l’approbation de nouveaux benchmarks d’allocation gratuite. Le mercredi, la trajectoire a connu une chute matinale compensée par un rebond tiré par la perspective d’une liaison des marchés carbone britannique et européen prévue pour le 22 juillet. Le jeudi, les prix sont restés à plat, les acteurs peinant à intégrer les effets concrets d’une possible réouverture du détroit d’Hormuz. Le vendredi, une légère vente a ramené le niveau à un peu plus de 80 €, le marché restant attentif aux clarifications réglementaires et à la reprise progressive des exportations du Moyen Orient.


Métaux
Aluminium : recul fort des prix
- Les derniers jours ont été fortement influencés par le contexte géopolitique autour des négociations entre les États-Unis et l’Iran. En début de semaine, les métaux industriels ont bénéficié de l’annonce d’un accord de paix prévoyant la réouverture du détroit d’Ormuz, ce qui a favorisé un regain d’appétit pour le risque et soutenu les anticipations de demande.
- Le cuivre s’est d'abord maintenu à proximité de ses sommets historiques, porté à la fois par l’amélioration du climat géopolitique et par des perspectives de demande structurellement solides liées à l’intelligence artificielle, à la transition énergétique et aux infrastructures de données. Toutefois, en fin de semaine, le marché a marqué une pause après la reprise des exportations de concentrés de cuivre de la mine mongole d’Oyu Tolgoi, l’une des plus importantes au monde et le métal rouge termine finalement la semaine en repli de -0.75%.
- L’aluminium a connu une évolution inverse. Les prix ont fortement reculé en début de semaine, -5.6% entre le plus haut et le plus bas de la journée de lundi, jusqu’à leurs plus bas niveaux depuis la fin du mois de mars, le contrat 3 mois Aluminium LME ayant clôturé à 3,379 usd/tonne lundi dernier, malgré des données montrant une poursuite de la croissance de la production chinoise d’aluminium, stimulée par la demande à l’exportation.
- Les autres métaux de base du LME ont suivi le mouvement, avec des pertes allant de -0.77% pour le Zinc jusqu'à -1.40% pour le Nickel.
L'or en baisse en raison des conflits géopolitiques
- Même s'ils s'affichent en retrait sur les cinq derniers jours, l’or et l’argent ont d'abord bondi de près de 4% lundi après que les États Unis et l’Iran aient signé un accord intérimaire ouvrant la voie à la réouverture du détroit d’Ormuz.
- Cependant, l’or a enregistré sa troisième perte hebdomadaire (-3.92% sur les cinq derniers jours), freiné par la vitesse des pourparlers de paix au Moyen‑Orient et par les anticipations d’un resserrement monétaire après les propos hawkish du nouveau président de la Fed, Kevin Warsh.
- Malgré une reprise partielle du trafic pétrolier dans le détroit d’Ormuz, les tensions géopolitiques et les attentes de hausses de taux continuent de peser sur le sentiment refuge, faisant reculer le spot à environ 4,123 usd/l’once. Cette dynamique s’est répercutée également sur l’argent, le platine et le palladium, qui ont tous clôturé en baisse.


Agriculture
Le blé résiste à la canicule européenne grâce à des stocks mondiaux généreux et une offre russe renforcée :
- Du côté des grains, le contrat Blé Meunier pour livraison Septembre (le plus actif) a terminé la semaine en légère hausse de +0.25% à 201.25 euros/tonne, alors que des stocks mondiaux abondants amortissent le risque d’une baisse de rendement liée à la canicule qui sévit en France et s’étend à l’Allemagne et au Royaume‑Uni.
- Malgré la grave détérioration des conditions météo en France et la perspective d’une récolte européenne plus restreinte, les fondamentaux d’offre restent confortables, la Russie augmentant ses expéditions de 47% en juin et la Roumanie affichant un record de récolte. Cette conjoncture explique la modération des rallyes du blé, la demande des importateurs restant inégale et la pression de la récolte de l’hémisphère Nord ne justifiant pas de ruptures de cours significatives.
Softs : El Nino menace l’équilibre des marchés
- Le contrat Cacao Londres termine la semaine écoulée en forte hausse de +13.60% et clôture à 3,283 gbp/tonne, un niveau pas observé pour la fève depuis le 12 mai dernier. Selon certains analystes, les contrats à terme du Cacao New-York pourraient atteindre 6,000 usd/tonne d'ici un an (contre 4,300usd/tonne aujourd'hui), l’impact d’un phénomène El Niño très fort pouvant déséquilibrer un marché déjà fragile et prévoyant un déficit mondial de 56,000 tonnes en 2026‑27.
- De son côté, le Café Arabica termine également la semaine en forte progression et enregistre un gain de +6.96% pour atteindre son niveau le plus élevé depuis le 28 mai, les investisseurs s’inquiétant des effets des récentes pluies qui ont perturbé les récoltes au Brésil, premier producteur et exportateur mondial. Malgré le mauvais temps, les analystes anticipent toujours une récolte record au Brésil, ce qui exercera une pression à la baisse sur les contrats à terme, dès que les nouveaux grains arriveront sur le marché.
- Enfin, le contrat Sucre #11 New-York termine la semaine en retrait de -0.80% pour s’établir quasiment sur un plus bas de 2 mois à 13,59 centimes la livre à la clôture jeudi soir. Du côté du climat, il est à noter que l’Inde n’a cumulé que 57,4 mm de pluies au 21 juin, soit 42% de moins que la moyenne saisonnière de 99,2 mm, et que les prévisions pointent une forte probabilité d’un « Super El Niño » à venir, ce qui pourrait réduire les rendements agricoles et raviver les pressions inflationnistes.


Pour aller plus loin
Pour suivre l’évolution des marchés, consultez le précédent bulletin daté du 16 juin 2026 “Matières premières : Les USA et l'Iran s'entendent sur un mémorandum”.
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