29 juin 2026

Matières Premières : Les USA et l'Iran s'entendent sur un mémorandum

salle des marchés

L’annonce d’un accord intérimaire entre les États Unis et l’Iran, qui ouvre la perspective d’une réouverture du détroit d’Ormuz, a immédiatement fait chuter les cours du pétrole et du gaz naturel. Les traders attendent désormais la confirmation que le passage est libre et la mise en place concrète d’un dispositif de sécurisation, sans quoi les positions resteront prudentes malgré la détente. Du côté des métaux de base, le prix de l’aluminium baisse avec l’espoir d’un allègement logistique et le cuivre se maintient, alors que les métaux précieux, eux, rebondissent. Le blé se redresse grâce à un meilleur accès aux engrais, tandis que sucre, café et cacao affichent des trajectoires contrastées, les acteurs scrutant les risques climatiques et l’impact de l’accord sur la demande globale. Pour anticiper ces mouvements stratégiques, le Desk Matières Premières vous propose ce décryptage des marchés de l'énergie, des métaux et de l'agriculture, en date du 16/06/2026.

Suivre cette thématique pour rester informé

clap
comments
duration6 min
share
Partager

Énergie

 Le Brent chute de 12% après l'accord US-Iran sur Ormuz

  • La fermeture du détroit d'Ormuz avait fait grimper les cours du pétrole début Mars, le détroit transportant environ un cinquième des exportations mondiales de brut et de GNL. L'annonce d'un accord US-Iran pour le rouvrir a fait chuter le Brent de près de -12% à 80 usd/baril, ramenant ainsi les prix du brut bien en-dessous du pic de 125 atteint en avril. Cependant, les traders attendent la confirmation que le passage sera effectivement libre, sans frais ni risques de tirs, avant de réajuster leurs positions. Le protocole prévoit un transit gratuit pendant 60 jours, puis la facturation de services de sécurité, de navigation et d'assurance par l'Iran. Les États-Unis et leurs alliés demandent un passage « sans péage », redoutant que des frais transforment un couloir international en source de revenus pour l'Iran.
  • Une éventuelle opération de déminage du détroit, envisagé sous l'égide du Royaume-Uni et de la France, serait une condition préalable à la reprise du trafic pétrolier. La réouverture du goulot d'étranglement devrait permettre aux réserves stratégiques américaines, fortement puisées pendant la crise, d'être reconstituées. Malgré la chute immédiate, le pétrole reste environ 40% plus cher qu'au début de l'année, signe que la reprise du trafic ne suffit pas à annuler les effets de l'offre restreinte et des attentes d'inflation. Près de 600 navires sont toujours bloqués dans le Golfe Persique, témoignant d'une logistique encore fragile, même après un accord. Les analystes soulignent que la stabilité du marché pétrolier dépendra de la solidité du cessez-le-feu, du respect du transit gratuit et de l'absence de nouvelles escalades dans la région.
     

Le gaz chute à son plus bas en 5 semaines

  • Les prix du gaz naturel ont plongé de près de -15% lundi, atteignant leur plus bas niveau depuis plus de cinq semaines, à la suite de l’annonce de l’accord entre les États Unis et l’Iran qui pourrait rouvrir le détroit d’Ormuz, corridor crucial pour environ un cinquième du trafic mondial de GNL. Malgré cette correction, les prix restent supérieurs de plus de 30% aux niveaux pré guerre, la demande asiatique croissante d’été et les stocks européens déjà bas maintenant une tension sur une offre maritime restreinte. Les acteurs du marché anticipent une reprise du trafic de méthaniers, mais la remise en service complète dépendra de la mise en œuvre du protocole et de la finalisation d’un accord définitif, dont les derniers points restent à négocier.
  • Certains analystes soulignent que la détente à court terme ne résout pas le problème des réserves insuffisantes pour l’hiver, alors que les délais de transport du GNL du Golfe vers l’Europe et l’Asie demeurent longs. En somme, l’accord crée une dynamique positive momentanée, mais les fondamentaux du marché du gaz – stocks tendus, demande asiatique en plein essor et incertitudes géopolitiques – laissent présager une volatilité prolongée.
  • Les États membres de l’UE ont validé lundi une révision controversée des repères d’efficacité carbone, qui définira le volume d’autorisations gratuites attribuées aux installations de l’ETS pour 2026 2030 et ajoutera 4 milliards d’euros de quotas grâce à la prise en compte des émissions indirectes. En contrepartie, les repères de référence seront réduits de 50% par rapport à 2013 2020 (34,1 % versus 2021-2025), tandis que la Commission préparera une proposition de révision distincte à l’occasion de la revue du système ETS prévue le mois prochain. Le dispositif vise à concilier compétitivité industrielle et ambition climatique, mais maintient sous tension les secteurs très énergivores qui voient diminuer leurs marges de gratuité.

 

Métaux 

Aluminium : baisse record, mais le marché reste sous tension

  • L’aluminium a chuté à 3,360 usd/tonne, son plus bas depuis deux mois, à la suite de l’annonce de l’accord entre les États Unis et l’Iran qui pourrait rouvrir le détroit d’Ormuz, principal goulot d’étranglement de l’offre. Cette baisse a été amplifié techniquement par les algorythmes et autres automates ayant atteint leur seuil de vente. Cette perspective d’allègement des contraintes logistiques a effacé partiellement la pénurie de matières premières qui pesait sur le marché, mais les acteurs restent prudents face à l’incertitude des conditions de transit et à la rapidité de reconstitution des stocks. Le rebond potentiel du flux moyen oriental pourrait faire reculer les prix, toutefois le marché demeure sous tension tant que le déficit d’offre persiste et que les réserves visibles restent limitées.
  • De son côté, le Cuivre LME a rebondi à 13,745 usd/tonne, soutenu par un resserrement de l’offre, la baisse des frais de traitement à l’importation du concentré et la réduction de production de certains fondeurs aggravant les tensions de disponibilité. Ce revirement a fait remonter les primes spot dans plusieurs régions, mais les acteurs anticipent que le marché restera confiné à une fourchette de négociation serrée à court terme, l’attention se focalisant sur la prochaine réunion de la Fed.

L’or et l’argent grimpent, l’inflation se détend

  • Même s'ils s'affichent en léger retrait sur les cinq derniers jours, l’or et l’argent ont rebondi de près de 5% après que les États Unis et l’Iran aient signé un accord intérimaire ouvrant la voie à la réouverture du détroit d’Ormuz, ce qui atténue les pressions inflationnistes et apaise les anticipations d’une nouvelle hausse des taux. Le marché reste toutefois prudent tant que l’accord doit être formalisé et que la Fed, présidée par le nouveau Kevin Warsh, se prépare à décider de la trajectoire des taux cette semaine.
  • Les actions des principaux producteurs d’or ont flamboyé de plus de 7% en même temps que les primes du métal physique se sont renforcées, marquant un retournement notable après environ 17% de pertes depuis le début du conflit.

 

Agriculture

Baisse du Blé grâce à la réouverture du détroit d’Ormuz

Le prix de la tonne de Blé Meunier a chuté après l’annonce d’un accord US-Iran visant à rouvrir le détroit d’Ormuz, un axe clé d’approvisionnement en engrais et carburants, ce qui devrait désamorcer les pressions d’inflation alimentaire engendrées par la guerre au Moyen Orient. Cependant, les marchés restent prudents, attendant des preuves concrètes de la viabilité de l’accord et demeurent exposés aux aléas climatiques d’El Niño notamment. Selon les spécialistes, la nouvelle est un pas positif mais limité : elle allège temporairement les craintes d’une crise alimentaire mondiale tout en soulignant que les risques structurels persistent.

Le Sucre chute sur six sessions, tandis que le Café progresse solidement 

  • Le contrat Sucre #11 New-York a enregistré six sessions consécutives de baisse et cède -3.12% sur la période, la pression étant intensifiée par la chute du pétrole et les anticipations d’une offre suffisante à court terme. Le contrat le plus échangé pour livraison Octobre, s'échange sur son plus bas niveau depuis le 29 mai. Cette vague de ventes reflète les attentes d’un marché bien approvisionné, mais qui pourrait négliger des risques à moyen terme notamment les effets possibles d’El Niño, selon certains spécialistes.
  • De son côté, le Café Arabica a de nouveau solidement progressé après que les pluies continues au Brésil ont suscité la crainte de retards de récolte et d’une offre plus restreinte à court terme. Malgré ce rebond, les cours restent inférieurs d’un quart depuis le début de l’année, les prévisions d’une récolte abondante restant dominantes. Les précipitations prévues dans les régions du Paraná et de São Paulo risquent également d’affecter la qualité des grains, selon certains spécialistes.
  • Enfin, le contrat Cacao Londres termine la période quasiment inchangé , alors que les marchés anticipent les risques d’approvisionnement liés à El Niño, qui pourrait assécher les cultures en Côte d’Ivoire et au Ghana. Les analystes prévoient une montée progressive des primes de risque pour la seconde moitié de l’année, tandis que le possible accord États‑Unis‑Iran pour rouvrir le détroit d’Hormuz calme les craintes sur la demande mondiale. Paradoxalement, les positions courtes des spéculateurs à New York ont atteint un sommet de trois ans, créant un potentiel de rachat massif.

Pour aller plus loin

Pour suivre l’évolution des marchés, consultez le précédent bulletin daté du 8 juin 2026 Matières premières : Les effets de la guerre au Moyen-Orient

 

Ce document est publié par BNP Paribas. Bien que les informations contenues dans le présent document proviennent de sources que BNP Paribas considère comme fiables, nous ne pouvons en garantir l’exactitude, ces informations pouvant être soit incomplètes, soit résumées. BNP Paribas et/ou ses sociétés apparentées peuvent, ponctuellement, avoir une position sur ou être teneurs de marché d’une valeur mentionnée dans ce document ou d’un produit dérivé de ce titre, et peuvent également solliciter, exécuter ou avoir fait des opérations sur ces titres de placement en tant que Banque d’investissement, en tant que participant à un syndicat de placement ou pour d’autres services (y compris en tant que conseiller, chef de file ou prêteur) pour toute compagnie dont il est fait mention dans ce rapport. Les estimations ou opinions contenues dans le présent rapport reflètent notre jugement à la date de ce document et peuvent être modifiées sans préavis. BNP Paribas ne pourra être tenue responsable des conséquences pouvant résulter de l’utilisation d’une quelconque opinion ou information contenues dans le présent document. Il en est de même de toute omission. Aucune démarche prévue par la loi de 1940 sur les conseillers en investissement ("Investment Advisors Act") n’a été entreprise pour faire enregistrer BNP Paribas auprès de la "Securities and Exchange Commission". Ce document ne peut en conséquence être introduit, transmis ou distribué aux Etats-Unis d'Amérique ou dans leurs territoires ou possessions, ou remis à une "US person", telle que définie par la réglementation S de la loi de 1933 sur les valeurs mobilières (Regulation S of the US Securities Act of 1933, as amended). BNP Paribas (2018). Tous droits réservés. Sources : tous les graphiques et données sont issus de Bloomberg et sont affichés à titre purement indicatif.