Matières premières : Les effets de la guerre au Moyen-Orient
Le Brent ne sort pas de cette zone de turbulence où un pic fulgurant s’éteint dès que les espoirs de cessez-le-feu au Moyen-Orient s’éclaircissent. Le gaz européen s’enflamme sous la pression des tensions géopolitiques et d’une crainte de restriction sur GNL, la Chine augmentant ses achats pour la saison estivale. Du côté des métaux, l’aluminium subit de plein fouet le choc de la guerre et d’une offre mondiale en retrait, tandis que l’or doit explorer de nouvelles voies, tiraillé entre les poids combinés des conflits, de l’inflation et des anticipations de resserrement monétaire. Et sur le front agricole, le blé, le café, le sucre et le cacao affichent des dynamiques paradoxales entre surplus attendu, contraintes d’offre immédiates et influences climatiques.
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Énergie
Le Brent en zone de turbulence
- La semaine dernière, le prix du Brent a oscillé fortement d’un pic de +7.60% à 99 usd/baril après l’annonce de la suspension des échanges entre l’Iran et les États‑Unis, à une chute de près de -6.30% à 93 usd/baril, lorsque les perspectives d’un cessez-le‑feu entre Israël, le Liban et l’Iran se sont améliorées.
- Parallèlement, les données de l’EIA ont révélé une chute historique des stocks américains (‑7,9M de barils) renforçant ainsi la hausse du brut, tandis que l’OPEP (via l'Irak) prévoit un rebond de la production à deux chiffres dès 2027 après les interruptions liées à la guerre. La Russie a signalé une baisse de sa production suite à des réparations imprévues dans ses raffineries, mais a repris les exportations normales vers la Hongrie et la Slovaquie via le pipeline Druzhba. Enfin, le FMI a souligné que, malgré une hausse de seulement +3% des prix par rapport à ses prévisions d’avril, la volatilité des cours au comptant reste élevée et les réserves mondiales continuent de diminuer.
Le Gaz européen dans la tourmente
- Les tensions géopolitiques au Moyen‑Orient, notamment la suspension des échanges entre l’Iran et les États‑Unis et les inquiétudes autour du détroit d’Ormuz, ont fait bondir les prix du gaz européen de +7.06% pour la référence TTF et +5.01% pour la référence française PEG, reflétant ainsi les craintes d’une restriction d’un cinquième de l’offre mondiale de GNL et une concurrence accrue pour les cargaisons avant l’hiver. Simultanément, la Chine intensifie ses importations de GNL pour anticiper la chaleur estivale, tandis que le charbon asiatique atteint des sommets quasi biannuels en raison de nouvelles restrictions d’exportation indonésiennes, accentuant la pression sur les marchés de l’énergie. Certains analystes soulignent l'escalade renouvelée des tensions mais aussi des signaux que les parties cherchent à éviter une guerre totale, ce qui alimente davantage la volatilité des cours.
- De leur côté, les prix des quotas de carbone ont connu une forte volatilité : un rebond au‑delà des 80 euros/tonne le mercredi a cédé la place à une tendance baissière, les cours s’établissant autour de 77 euros/tonne à la fin de la semaine, alimentés par des liquidations de positions et l’annonce d’une nouvelle allocation de permis. Au final, le prix de la tonne de CO2 cède -4.61% sur la semaine écoulée.


Métaux
L'Aluminium reprend son souffle
- Une fois n'est pas coutume, l'Aluminium a terminé les cinq derniers jours en retrait et cède -2.03% sur la semaine écoulée. Le constat est difficile pour le métal gris : la guerre en Iran a coupé 35% de la production d’aluminium du Golfe, creusant ainsi un déficit mondial record de 2,2M tonnes en 2026 et faisant grimper le prix du LME de +25% depuis le 1er janvier, avec des prévisions allant jusqu'à 3,750 voire 4,000 usd/tonne pour le second semestre selon les analystes. Malgré les nouveaux projets en Indonésie, en Inde et une hausse de +0,8% de la production chinoise, l’offre globale recule de -1,1% tandis que la demande n’augmente que de +1,3% en raison d’un ralentissement de la consommation chinoise et d’incertitudes en Europe.
- La fermeture de l’usine Mozal, les tarifs douaniers américains et la dépendance du Japon au Moyen‑Orient ont maintenu des primes élevées sur le métal à travers l’Europe, les États‑Unis et le Japon, et les marges des producteurs se dégagent selon la localisation : les smelters chinois, indonésiens et canadiens bénéficient de coûts d’énergie faibles, tandis que les acteurs du Golfe (EGA, Qatalum, Aluminium Bahrain) voient leurs profits mis en pression. Les tensions géopolitiques renforcent la dynamique haussière de l’aluminium, bien que le surplus d’alumine en provenance de la Chine et l’essor du ferraille recyclée pourraient, à plus long terme, freiner la demande de métal primaire.
- Plus globalement, c'est l'ensemble des métaux de base qui termine la semaine en retrait sous l’effet d’une prudence accrue liée aux tensions au Moyen‑Orient et à la faiblesse des actions technologiques. Et vendredi, la perspective d’un rapport sur l’emploi américain solide qui pourrait inciter la Fed à relever les taux d’intérêt, a amplifié le repli.
L'Or sous pression à cause de l'inflation
- Semaine difficile également pour les métaux précieux : la flambée des échanges de missiles entre Israël et l’Iran a fait chuter l’or de près de -4.7%, après une perte de presque -5% la semaine précédente, en sapant les espoirs d’un cessez-le‑feu au Moyen‑Orient. Le conflit, qui perturbe les flux d’énergie via le détroit d’Ormuz et alimente la hausse du pétrole, alimente désormais les craintes d’inflation et incite les banques centrales à maintenir ou relever leurs taux d’intérêt, un frein majeur pour les métaux précieux.
- Les données robustes de l’emploi américain publiées vendredi, ont renforcé les anticipations d’un resserrement monétaire de la Fed en 2026, poussant le dollar et les rendements obligataires à la hausse, ce qui a pesé davantage sur l’or. Malgré la pression baissière, la Banque populaire de Chine a poursuivi son programme d’achats d’or, ajoutant 10 tonnes en mai, le plus gros volume mensuel depuis 2024, prolongeant ainsi sa séquence d’achats sur 19 mois.


Agriculture
Blé : le prix de la tonne de grains revient sur son niveau d'avant-guerre
- Les cours du Blé ont perdu du terrain la semaine passée et cèdent -2.89% sur les cinq derniers jours, atteignant leurs niveaux d’avant‑guerre Iran‑États‑Unis sous l’effet combiné de la chute des prix de l’urée et du recul des exportations de maïs et de blé.
- La désorganisation des flux d’engrais via le détroit d’Ormuz, atténuée par la recherche d’alternatives logistiques, a retiré le principal moteur haussier qui soutenait les prix. En conséquence, le maïs amorce sa plus longue séquence de pertes depuis mars 2025, les prévisions météorologiques plus favorables renforçant les attentes d’une offre accrue.
Le Café Arabica sur un plus bas de Novembre 2024
- Les prévisions d’un excédent record de la récolte brésilienne, conjuguées à une météo favorable, précipitent la plus forte chute hebdomadaire du Café Arabica depuis le mois de février, les contrats à terme perdant plus de -7% et atteignant leurs niveaux les plus bas depuis novembre 2024. Malgré cette pression baissière, la sortie des grains n’est pas attendue avant août et les stocks en entrepôts continuent de baisser, maintenant la tension sur le marché au comptant. L’ensemble de ces facteurs crée une dynamique de prix paradoxale : un surplus à moyen terme qui pèse sur les cours, mais une contrainte d’offre immédiate qui soutient les prix à court terme.
- De son côté, le contrat Sucre #11 New-York parvient in extremis à terminer la semaine passée en territoire positif, le 1er contrat tombant à 14,14 centime de Dollar US la livre, sous la pression combinée d’une chute du pétrole et des anticipations d’une récolte brésilienne record qui incite les sucreries à favoriser l’éthanol. Au final, les perspectives d’une offre accrue au Brésil et le climat incertain en Inde maintiennent le sucre sous tension, tandis que les mouvements du pétrole continuent d’influencer la dynamique du marché.
- Pour terminer, le Cacao Londres termine la semaine en baisse de -2.45% et le contrat pour livraison Juillet a clôturé les 5 derniers jours à 2,902 gbp/tonne soit un plus bas de 10 jours. Les inquiétudes relatives à l’El Niño se semblent désamorcées grâce à des perspectives d’humidité adéquate en Afrique de l’Ouest, soutenues par des prévisions de pluies légères à modérées. Cette amélioration des conditions météorologiques vient freiner la dynamique haussière qui animait le marché fin avril et début mai.


Pour aller plus loin
Pour suivre l’évolution des marchés, consultez le précédent bulletin daté du 1 juin 2026 “Matières premières : USA-IRAN, qui pour contrôler le détroit ?”.
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