Suivre cette thématique pour rester informé
Matières Premières : Entre chocs monétaires et aléas climatiques
Entre tensions géopolitiques, chocs monétaires et incertitudes climatiques, les marchés de matières premières ont traversé une semaine de turbulences majeures. Tandis que le secteur de l'énergie est sous pression face à la fragilité des stocks de gaz et aux risques persistents d'approvisionnement pétrolier, les métaux subissent la perspective d'un resserrement de la Fed et de la vigueur du dollar : l'or et les métaux industriels voient leurs élans freinés par la remontée des taux et la déroute des actifs risqués. Les produits agricoles oscillent entre la réélection de Lula au Brésil et les risques liés à El Niño, entre l'arrivée de stocks massifs et les craintes de déficit de production. Décryptage d'une semaine où les fondamentaux de l'offre et de la demande se confrontent aux impératifs de politique monétaire pour redéfinir les trajectoires de prix mondiales.
Suivre cette thématique pour rester informé
Energie
Pétrole Brut — Brent M1, Produits Pétroliers — Gasoil & Marine Fuel
Le Brent M1 (Bloomberg Fair Value) a terminé la semaine quasi inchangé, à 117,64 $/bbl (+0,78 %), une stabilité trompeuse qui masque une volatilité intra-hebdomadaire significative. Les produits raffinés ont en revanche subi une correction plus marquée : le gasoil ICE swap M1 a reculé de -2,60 % à 1 425 $/MT, et le gasoil Rotterdam 0,1 % de -1,63 % à 1 366 $/MT, reflétant un léger relâchement de la prime de raffinage. Le VLSFO (carburant marin VLSFO EU) est resté stable à 705 $/MT (+0,52 %), soutenu par une demande shipping résiliente. En toile de fond, nous notons que la banque américaine Goldman Sachs a relevé ses prévisions de prix du pétrole ce lundi, portant son objectif de fin d'année pour le Brent à 105 $/bbl (contre 90 $ précédemment), invoquant des risques substantiels sur l'offre liés au conflit au Moyen-Orient. Par ailleurs, des données satellitaires NASA indiquent qu'une station de pompage russe majeure dans la région de Samara serait en feu, ce qui pourrait peser sur les flux d'exportation russes à court terme. Les stocks de pétrole en mer (floating storage) ont reculé de 11 % sur la semaine à 78,4 millions de barils, leur plus bas niveau depuis juillet.
Gaz naturel — Envolée des prix européens et américains
Le gaz naturel a été le grand mouvement de la semaine. Le TTF M1 a bondi de +9,52 % à 103,73 €/MWh, et le PEG Nord français M1 de +10,09 % à 102,46 €/MWh — tous deux repassant au-dessus du seuil symbolique des 100 €/MWh. Cette hausse s'explique par la conjonction de plusieurs facteurs : les stocks de gaz européens sont tombés à seulement 75 % de leur capacité au 31 octobre, contre une moyenne saisonnière sur 5 ans de 90 %, un déficit historiquement préoccupant à l'entrée de l'hiver. L'Autriche affiche un niveau encore plus critique à 66 %, et l'Allemagne figure parmi les pays les moins bien approvisionnés. Le Henry Hub américain a également progressé de +8,90 % à 2,898 $/MMBtu, porté par des anticipations de demande hivernale et une production domestique sous pression. Ce mouvement synchronisé des deux côtés de l'Atlantique témoigne d'une tension structurelle sur le marché mondial du gaz. Ce lundi matin, des perturbations non planifiées sont signalées sur le champ norvégien d'Oseberg, dont la durée reste incertaine, ce qui maintient la pression haussière sur le TTF en début de semaine.
Électricité française — Forte correction
Le forward électricité France base M1 a subi la plus forte correction de toute la liste de suivi cette semaine, chutant de -17,70 % à 163,48 €/MWh. Ce mouvement, en apparente contradiction avec la hausse du gaz, s'explique par une normalisation de la disponibilité du parc nucléaire français, qui réduit mécaniquement la prime de risque sur le prix spot et forward. La corrélation avec le gaz reste néanmoins structurelle sur les périodes de tension.
Carbone EUA
Les prix des EUA ont enregistré une forte hausse hebdomadaire de + 2,95 €/t (+ 3,32 %). Cette poussée a été principalement alimentée par la flambée des prix du gaz naturel, qui a entraîné un retour à la production d’électricité au charbon et, par conséquent, une demande accrue de permis d’émission. Les prix des EUA ont brièvement franchi la barre des 90 €/t le 30 octobre, première fois depuis janvier, avant de se stabiliser légèrement en dessous. Le contrat à terme décembre 2026 (UJLZ6) a suivi le spot de façon quasi identique tout au long de la semaine, confirmant une courbe à terme très plate à court terme. Les enchères EEX ont procédé à des décotes constantes d’environ 0,30–0,40 €/t par rapport à la clôture spot.
Sur le plan politique, la semaine a été marquée par l’approfondissement des divisions au Parlement européen concernant la réforme du SCE, la réaction du responsable climat de l’UE face à l’accord automobile franco-allemand, et une mise en garde prudente de Bruxelles avant la COP31. Les prévisions météorologiques – un froid persistant cette semaine, suivi d’un réchauffement à partir de la mi-novembre – offrent un contexte de soutien à court terme pour la demande de carbone.



Métaux
Métaux de base : la fièvre de la demande chinoise brisée par l'ombre des tensions géopolitiques et technologiques
- Le cuivre a affiché une semaine en deux temps : une progression soutenue lundi et mardi, portée par des signaux de demande chinoise exceptionnellement robustes, la prime de Yangshan ayant atteint un record historique de plus de 200 $/tonne mercredi 28 octobre, son plus haut niveau depuis au moins 2017 selon les données Fastmarkets, signalant que les acheteurs chinois se ruent sur le métal dans un marché jugé « sold out everywhere », avant un effondrement vendredi 30 octobre de 202 $/tonne à 14 154,50 $/tonne, son plus bas niveau en une semaine. Le catalyseur baissier de vendredi est double : une saison de résultats décevante pour les valeurs technologiques américaines qui a alimenté le scepticisme sur les retours sur investissement de l'IA et pesé sur l'appétit pour le risque, ainsi que la perspective de nouvelles actions militaires américaines contre l'Iran, qui a poussé le Brent à son plus haut niveau depuis avril, ravivant les craintes sur la croissance mondiale.
- L'aluminium termine la semaine dans le vert, progressant de +0,83 % malgré une trajectoire heurtée : après un pic à 3 087 $/tonne lundi 27 octobre porté par le spread cash-3 mois qui a bondi de 13,01 $/tonne à 27,64 $/tonne (sa plus forte hausse journalière en plusieurs semaines), le contrat 3 mois LME a reculé à 3 073 $/tonne mardi 28 octobre sous l'effet de la prudence des opérateurs en amont de la décision du FOMC, avant de se stabiliser le reste de la semaine. La décision du FOMC du 28 octobre de maintenir ses taux inchangés assortie d'un message hawkish du président Warsh signalant une « disponibilité à agir », a pesé sur l'ensemble du complexe métaux. À noter que les stocks SHFE d'aluminium ont reculé de -10 % sur la semaine à 191 018 tonnes, un déstockage soutenu qui a limité la pression vendeuse sur le métal.
Métaux précieux : le durcissement de la Fed et le rebond du dollar brisent l'élan de l'or
- L'or a enregistré sa pire semaine depuis juillet dans un marché dominé par un double choc hawkish : la décision du FOMC du 28 octobre de maintenir ses taux inchangés dans un vote divisé (10 contre 2, les gouverneurs Cook et Hammack ayant voté pour une hausse immédiate de 25 pb), assortie d'un message du président Warsh signalant une « disponibilité à agir » et annonçant une réduction du nombre de réunions annuelles à six dès 2027 — un signal perçu comme concentrant la pression de resserrement sur moins d'échéances.
- Le métal jaune avait progressé jusqu'à son pic hebdomadaire de 4 067,35 $/oz mercredi 28 octobre en séance, avant de s'effondrer dès la publication du communiqué du FOMC, le dollar et les rendements obligataires rebondissant simultanément. La pression s'est intensifiée vendredi 30 octobre sous l'effet d'une avalanche de déclarations hawkish : le président de la Fed de St. Louis, Musalem, a déclaré que des hausses supplémentaires seraient nécessaires « bientôt », tandis que la présidente de la Fed de Dallas, Logan, a signalé la nécessité d'au moins deux nouvelles hausses de 25 pb supplémentaires, bien qu'à un rythme graduel, et que le gouverneur Barkin a plaidé pour une approche « graduelle » du resserrement.
- Le selloff a été amplifié par un effondrement des valeurs technologiques vendredi 30 octobre, le Nasdaq 100 cédant -3,5 % dans sa pire séance depuis juin, Intel s'effondrant de plus de 40 % sur des résultats décevants, ce qui a déclenché un mouvement de liquidation généralisée des actifs risqués et des matières premières, sans que l'or ne bénéficie de son statut refuge habituel, les investisseurs préférant se réfugier dans le dollar.


Agriculture
Blé : la baisse du risque géopolitique fait pression sur les prix
- Le contrat Blé Meunier a enregistré sa huitième baisse hebdomadaire consécutive, la plus longue série perdante depuis 1997, cédant 6 €/tonne (-2,63 %) à 228,00 € après avoir touché un point bas hebdomadaire à 226,50 €/tonne lundi dernier, son niveau le plus bas depuis début août. Le contrat a tenté un rebond technique avant de rechuter mercredi 29 octobre à 227,00 €/tonne, les espoirs de négociations de paix russo-ukrainiennes maintenant une pression vendeuse structurelle sur les primes de risque géopolitiques.
- En outre, les exportations mondiales de blé des principaux pays exportateurs (Russie, États-Unis, UE, Canada, Ukraine, Australie et Argentine) ont chuté de 9,3 millions de tonnes sur juillet-mi-octobre 2026 par rapport à la même période de 2025, selon Rusagrotrans, illustrant l'ampleur des perturbations en mer Noire mais ce chiffre n'a pas suffi à enrayer la baisse des prix, les opérateurs privilégiant les perspectives diplomatiques.
Café, Sucre, Cacao : Lula et El Niño
- Le Café Arabica a enregistré une semaine difficile (-7,05 %), sa cinquième semaine de baisse consécutive, la plus longue série perdante depuis juin, sous l'effet d'un afflux massif de café brésilien vers les entrepôts certifiés ICE. Plus de 36 000 sacs de café brésilien étaient en attente de certification au 27 octobre, contre seulement 12 646 en début de mois, selon les données ICE, un afflux qui érode la prime de rareté structurelle qui avait soutenu les cours depuis l'été, les stocks certifiés restant néanmoins proches de leurs plus bas depuis 1999. En outre, la réélection surprise de Lula au Brésil le 26 octobre a amplifié la pression vendeuse lundi 27 octobre, la chute du réal brésilien ayant mécaniquement renforcé la compétitivité des exportations brésiliennes libellées en USD.
- Le contrat Sucre 11 New-York a reculé également sur la semaine, clôturant à 19,36 USc/lb le 30 octobre, après un décrochage brutal lundi 27 octobre déclenché par la chute du real brésilien consécutive à la réélection de Lula, ce qui a mécaniquement renforcé la compétitivité des exportations brésiliennes de sucre. Le rebond s'est amorcé dès mardi et s'est accéléré jeudi, après la publication de données du gouvernement brésilien confirmant que les moulins ont broyé 18 % de moins de canne à sucre dans la première quinzaine d'octobre par rapport à la même période de l'an dernier sous l'effet des pluies El Niño, Covrig Analytics ayant par ailleurs relevé sa prévision de déficit mondial 2026/27 à 490 000 tonnes, le plus important depuis 2020/21.
- Enfin, le Cacao Londres a cédé du terrain la semaine dernière dans un marché volatile, le rebond de mardi ayant été rapidement effacé par les prises de bénéfices des deux séances suivantes. La pression vendeuse reflète la tension persistante entre une offre à court terme encore abondante issue de la campagne 2025/26 et les risques croissants sur la récolte 2026/27 liés à El Niño en Afrique de l'Ouest, le marché restant incapable de trouver une direction claire en l'absence de nouvelles données fondamentales majeures sur la campagne principale en cours.


Pour aller plus loin
Pour suivre l’évolution des marchés, consultez le précédent bulletin daté du 26 octobre 2026 “L'Hebdo Salle des Marchés : Fortes pressions à l'approche des mid-terms US."
Ce document est publié par BNP Paribas. Bien que les informations contenues dans le présent document proviennent de sources que BNP Paribas considère comme fiables, nous ne pouvons en garantir l’exactitude, ces informations pouvant être soit incomplètes, soit résumées. BNP Paribas et/ou ses sociétés apparentées peuvent, ponctuellement, avoir une position sur ou être teneurs de marché d’une valeur mentionnée dans ce document ou d’un produit dérivé de ce titre, et peuvent également solliciter, exécuter ou avoir fait des opérations sur ces titres de placement en tant que Banque d’investissement, en tant que participant à un syndicat de placement ou pour d’autres services (y compris en tant que conseiller, chef de file ou prêteur) pour toute compagnie dont il est fait mention dans ce rapport. Les estimations ou opinions contenues dans le présent rapport reflètent notre jugement à la date de ce document et peuvent être modifiées sans préavis. BNP Paribas ne pourra être tenue responsable des conséquences pouvant résulter de l’utilisation d’une quelconque opinion ou information contenues dans le présent document. Il en est de même de toute omission. Aucune démarche prévue par la loi de 1940 sur les conseillers en investissement ("Investment Advisors Act") n’a été entreprise pour faire enregistrer BNP Paribas auprès de la "Securities and Exchange Commission". Ce document ne peut en conséquence être introduit, transmis ou distribué aux Etats-Unis d'Amérique ou dans leurs territoires ou possessions, ou remis à une "US person", telle que définie par la réglementation S de la loi de 1933 sur les valeurs mobilières (Regulation S of the US Securities Act of 1933, as amended). BNP Paribas (2018). Tous droits réservés. Sources : tous les graphiques et données sont issus de Bloomberg et sont affichés à titre purement indicatif.
Devenez membre pour accéder à ce contenu
Accédez à l'intégralité de nos contenus exclusifs, échangez avec une communauté d'experts.
Déjà membre ? Se connecter