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28 janvier 2026

Crédit d’Impôt Recherche : un levier sous-exploité par les entreprises

recherche et développement
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financement

En France, le Crédit d’Impôt Recherche (CIR) fait partie des dispositifs fiscaux les plus puissants pour soutenir l’innovation. Et pourtant, il reste largement sous-utilisé ou mal compris par de nombreuses entreprises, notamment celles qui ne se considèrent pas comme "innovantes". Le paradoxe est là : beaucoup d’entreprises font de la R&D éligible au CIR… sans le savoir. Décryptage par Diane Ahongo, experte en financement de l'innovation chez WeGrant.

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Qu’est-ce que le Crédit d’Impôt Recherche (CIR) ?

Le Crédit d’Impôt Recherche est un dispositif fiscal qui permet aux entreprises de récupérer jusqu’à 30 % de leurs dépenses de recherche et développement, sous forme de crédit d’impôt.

Il s’adresse à :

  • Toutes les entreprises, quelle que soit leur taille (TPE, PME, ETI, grands groupes) ;
  • Tous les secteurs d’activité, sans exception ;
  • Dès lors qu’elles sont soumises à l’impôt sur les sociétés ou à l’impôt sur le revenu ;
  • Et qu’elles réalisent des travaux de R&D au sens fiscal du terme.

Autrement dit : le CIR n’est pas réservé aux laboratoires ou aux entreprises de deeptech. Il concerne aussi des projets très opérationnels.

La R&D au sens du CIR : une définition beaucoup plus large qu’on ne l’imagine

Quand on parle de Recherche & Développement (R&D), l’image qui vient spontanément est celle du chercheur en blouse blanche, entouré d’éprouvettes et d’équations complexes.

Dans les faits, la définition retenue par l’administration fiscale est bien plus large et plus pragmatique.

La R&D éligible au CIR recouvre trois catégories :

  • La recherche fondamentale : production de nouvelles connaissances théoriques ;
  • La recherche appliquée : application de ces connaissances à des problématiques concrètes ;
  • Le développement expérimental : aujourd’hui la forme de R&D la plus courante dans les entreprises.

Et c’est là que beaucoup passent à côté.

Le développement expérimental correspond à des travaux menés à partir de connaissances existantes pour concevoir, tester ou améliorer un produit, un procédé ou un logiciel, lorsqu’il existe une incertitude technique réelle et qu’aucune solution n’est immédiatement disponible. Ces travaux passent par des essais, des prototypes, des itérations ou des ajustements successifs.

Comment reconnaître une activité de R&D éligible au CIR ?

La bonne question n’est pas « faisons-nous de la R&D ? », mais plutôt : Savions-nous, dès le départ, que la solution allait fonctionner ?

Dès qu’une entreprise mène des essais, développe des prototypes, teste plusieurs hypothèses, itère, ajuste, corrige, recommence, sans garantie de résultat, elle sort de la simple exécution pour entrer dans le champ de la R&D éligible au Crédit d’Impôt Recherche.

Exemple : Une entreprise industrielle met en place une nouvelle ligne de production. Sur le papier, tout est prévu. Dans la réalité, il faut modifier des paramètres, adapter des équipements, développer des solutions spécifiques, résoudre des problèmes de performance ou de qualité inattendus.

Ce type de projet relève très souvent du développement expérimental, même s’il n’est jamais qualifié ainsi en interne.

Les projets de R&D oubliés… mais souvent éligibles

De nombreux projets passent sous le radar du CIR, alors qu’ils répondent parfaitement aux critères.

Parmi les plus fréquemment oubliés :

  • L’amélioration ou l’optimisation de procédés industriels existants ;
  • L’évolution ou la création de logiciels spécifiques ;
  • L’adaptation d’une technologie existante à un nouveau contexte ;
  • Le développement de solutions sur mesure pour un client ou un usage particulier.

Dès qu’il y a du sur-mesure, de l’incertitude et des essais, la question de l’éligibilité au CIR mérite d’être posée.

Des secteurs qui s’auto-excluent… à tort

Certains secteurs pensent encore, à tort, ne pas être concernés par le Crédit d’Impôt Recherche : le BTP, la logistique, la finance, l’assurance, ou encore certains services.

Or, pour le CIR, le secteur d’activité n’a aucune importance.

Ce qui compte, ce sont les travaux réellement menés, les difficultés techniques rencontrées, et les incertitudes levées.

Une innovation de procédé dans le BTP ou la logistique peuvent être tout aussi éligibles qu’un projet industriel classique.

Taille et secteur : le CIR est-il vraiment accessible à tous ?

Il n’existe aucune taille d’entreprise exclue du Crédit d’Impôt Recherche.

En revanche, l’éligibilité repose sur trois niveaux clés :

  1. L’éligibilité de l’entreprise (statut fiscal) ;
  2. L’éligibilité des activités de R&D ;
  3. L’éligibilité des dépenses engagées (salaires, sous-traitance, amortissements, etc.).

Dès lors que ces trois conditions sont réunies, le CIR peut être mobilisé, y compris dans des secteurs traditionnellement perçus comme peu innovants.

Les bénéfices du CIR, bien au-delà de la réduction d’impôt

Réduire l’impôt, c’est bien mais limiter le CIR à un simple avantage fiscal serait une erreur stratégique. Le Crédit d’Impôt Recherche permet aussi de sécuriser la stratégie d’innovation, structurer et formaliser les projets de R&D, renforcer la crédibilité auprès des partenaires et investisseurs, améliorer la compétitivité de l’entreprise, faciliter l’accès à d’autres financements, valoriser les compétences internes, soutenir la création de brevets et d’actifs technologiques.

En clair : le CIR transforme l’innovation en avantage concurrentiel durable.

Peut-on cumuler le CIR avec d’autres financements ?

Oui, le CIR est cumulable avec d’autres financements publics ou privés : subventions régionales, aides nationales, financements européens, investissements privés.

La seule règle à respecter : ne pas cumuler les aides publiques sur les mêmes dépenses et appliquer correctement les règles de calcul.

Bien structuré, le CIR devient alors une brique centrale d’une stratégie de financement de l’innovation.

Un outil pratique pour estimer votre CIR : le simulateur de l’Espace Subventions Entreprises

Au‑delà de la théorie et des exemples sectoriels, il existe des outils concrets pour tester rapidement si votre entreprise pourrait bénéficier du CIR et avoir une première estimation de son montant.

Sur l’Espace Subventions Entreprises de BNP Paribas, accessible aux dirigeants et décideurs, un simulateur dédié au Crédit d’Impôt Recherche permet de :

  • Renseigner les dépenses de R&D réalisées (personnel, sous‑traitance, brevets, etc.) ;
  • Préciser vos données comptables (effectif, chiffre d’affaires, dépenses engagées) ;
  • Obtenir une estimation indicative du montant de CIR auquel votre entreprise pourrait prétendre.

Ce simulateur est pensé pour vous offrir une première projection chiffrée, utile pour budgéter vos projets d’innovation ou préparer une discussion avec votre expert‑comptable ou votre chargé d’affaires. Attention toutefois : les résultats sont indicatifs et ne remplacent pas une analyse complète ou une déclaration fiscale officielle.

L’accès à cet outil se fait via la plateforme, où sont également regroupés d’autres simulateurs et aides publiques pour vous aider à identifier d’autres dispositifs potentiels adaptés à votre activité (subventions, appels à projets, etc.).

Accéder au simulateur : https://subventions.entreprises.bnpparibas/simulateur-cir

En conclusion : le CIR, un outil à (re)découvrir

Le Crédit d’Impôt Recherche n’est ni réservé aux grands groupes, ni aux chercheurs en laboratoire. Il concerne toutes les entreprises qui innovent concrètement, souvent sans le savoir.

Dans un contexte économique où l’innovation est un facteur clé de compétitivité, ne pas se poser la question du CIR, c’est prendre le risque de passer à côté d’un levier stratégique majeur. L’innovation existe déjà dans beaucoup d’organisations. Le CIR permet simplement de lui donner les moyens de durer.