Matières Premières : Ormuz toujours bloqué, les prix grimpent
Le conflit au Moyen-Orient s’intensifie, le baril de Brent dépasse 100 USD et la tonne gazole ICE franchit les 1000 USD. Malgré la volonté des US de sécuriser le passage de navires, le détroit d’Ormuz reste bloqué. Côté GNL, le TTF reste autour des 50€/mwh, et rebondit lundi 16 mars au-dessus des 51€/MWh. Le prix du spot EUA (phase 4) clôture à 68 €/mT, la Commission européenne envisage un assouplissement des allocations gratuites pour l'année 2026. Coté métaux, l'Aluminium au niveau haut de 3 440 USD/mt, le cuivre reste stable. L’or corrige de ~3 % autour de 5 019 USD/oz, soutenu par le dollar fort. Enfin, sur les produits agricoles, le Blé Meunier augmente de +5,5 % à 210,5 €/t, le café Arabica baisse de 3 % après la hausse des prévisions de récoltes brésiliennes. Le sucre et le cacao remontent. Pour anticiper ces mouvements stratégiques, le Desk Matières Premières vous propose ce décryptage des marchés de l'énergie, des métaux et de l'agriculture, en date du 16/03/2026.
Suivre cette thématique pour rester informé
Energie
Energies : Malgré les annonces US, le conflit au Moyen-Orient continue, et les prix grimpent.
- Produits pétroliers : Alors que le conflit entre Israël, les États-Unis et l’Iran entrait, le samedi 7 mars, dans sa deuxième semaine, les prix spot et à court terme des produits pétroliers ont continué de grimper. En effet, malgré la présentation par le président américain Donald Trump de l’atteinte des principaux objectifs militaires fixés conjointement avec Israël dans l’opération visant le régime iranien, l’annonce du déblocage d’une partie des réserves stratégiques de pétrole brut et de produits raffinés par les pays membres du G7, ainsi que l’appel des États-Unis à l’OTAN pour sécuriser le transport de marchandises dans le golfe Persique, le blocage persistant du détroit d’Ormuz et la poursuite des attaques ciblées du régime iranien dans la zone, stressent toujours davantage les marchés.
Le vendredi 13 mars 2026, le baril de Brent clôturait à 103,16 USD / bbl, en hausse de 11,30 % sur la semaine, malgré un point bas mercredi à 87,80 USD / bbl. De même, le premier contrat ICE Gasoil a franchi, en milieu de semaine, le seuil des 1 000 USD / mt, pour clôturer en fin de semaine à 1 066,4 USD / mt (+ 9,40 % en 5 jours).
À l’heure où nous rédigeons ces lignes, lundi 16 mars 2026, les prix restent en hausse d’environ + 3 %, les annonces faites durant le week-end (levée temporaire des sanctions américaines interdisant l’achat de pétrole russe) ainsi que les opérations menées par les différents acteurs (frappes américaines sur l’île de Kharg et frappes iraniennes sur le site d’exportation de Fujairah, Émirats Arabes Unis) ne laissent pas présager de désescalade des tensions à court terme. - Gaz et électricité : Les attaques au Moyen-Orient ont paralysé le détroit d’Ormuz et fermé la plus grande usine de GNL du Qatar, éliminant ainsi environ 20 % de l’offre mondiale de gaz. Le marché du gaz européen, dont le contrat de référence TTF front month clôturait le vendredi 13 mars 2026 à 50,12 €/MWh (6 % en 5 jours), a rebondi le lundi 15 mars pour approcher les 51,40 €/MWh. Le niveau de 50 €/MWh, qui semblait constituer un seuil technique important autour duquel producteurs et consommateurs s’accordaient en fin de semaine, n’a finalement pas été franchi. Durant le week-end, le président Donald Trump a pressé les alliés à intervenir, mais l’UE, le Japon et le Royaume-Uni ont refusé toute mission navale ou tout engagement concret, ne voulant pas exacerber le conflit. Le principal risque pour l’Europe reste la concurrence féroce pour les cargaisons de GNL cet été, alors que le continent doit reconstituer ses réserves. Concernant les prix de l’électricité en Europe, et plus particulièrement en France, le contrat front month French Power Baseload a terminé la semaine à l’équilibre et a clôturé le vendredi 13 mars à 49,76 €/MWh ( 0,40 %). Pour le moment, la consommation d’énergie diminue grâce à une forte production d’énergies renouvelables et à la baisse du besoin de chauffage. Une éventuelle vague de froid en Europe du Nord-Ouest pourrait toutefois relancer la demande de chauffage à la fin de la saison.
- CO₂ : Le cours spot des EUA (phase 4) évolue entre 68 € et 73 €/t ces dernières semaines, pour clôturer le vendredi 13 mars à 68 €/t, en baisse de 2 % sur la semaine 11 de l’année 2026. Pour reprendre les mots de notre analyste BNP Paribas, Jason Ying, dans son article de blog publié le jeudi 12 mars 2026, la Commission européenne envisage d’intervenir dans l’EU ETS afin d’atténuer la hausse persistante des prix de l’énergie. Suite à cette annonce, les cours des quotas d’émission (EUA) sont retombés le jeudi sous la barre des 68 €/t. Les mesures potentielles portent sur les allocations gratuites, la réserve de stabilité du marché (RSM) ainsi que sur une plus grande aide d’État et la réduction des frais de réseau. Pour un impact immédiat, on pourrait assouplir les références de performance : maintenir les critères de 2025 pour la période 2026 2030 augmenterait l’offre d’environ 70 Mt d’EUA. La RSM, ajustée chaque juillet, pourrait recevoir un « plafond souple » déclenchant des injections de quotas lorsque les prix de l’énergie sont trop élevés. Ces réformes restent prudentes afin de ne pas affaiblir trop rapidement le système ETS, tout en explorant d’autres leviers (aide d’État, frais de réseau). Un paquet d’urgence similaire à REPowerEU pourrait être débattu le 19 mars, puis finalisé dans les mois à venir si la crise au Moyen-Orient se prolonge.


Métaux
Base Metals : Stabilisation de l’Aluminium
- Malgré une correction en début de semaine dernière suite aux déclarations américaines suggérant une possible désescalade, l’aluminium confirme son point haut en clôturant la semaine à 3,440 USD/MT.
La période est dominée par des risques géopolitiques, notamment le conflit au Moyen-Orient et les tensions au détroit d’Ormuz qui menacent les flux logistiques. À cela, s’ajoute une contraction de l’offre : le producteur ALBA au Bahreïn a baissé sa production d’environ 20 %, inquiétant quant à une possible pénurie. Les stocks LME ont continué de reculer, passant de 456 875 t le 6 mars à 445 300 t le 13 mars (11 575 t en cinq séances), avec les réserves « on warrant » au niveau le plus bas depuis mai 2025 et une part importante d’aluminium d’origine russe (≈ 60 % fin février) qui ne convient pas à tous les acheteurs occidentaux. Enfin, le renforcement du dollar et les incertitudes autour des taux d’intérêt américains ont exercé une pression à la baisse sur les cours en fin de semaine.
A court terme, les analystes restent plutôt haussiers : objectif d’environ 3 600 USD/MT à court terme dû à la situation actuelle à laquelle se rajoute les plafonds de production en Chine, et la forte demande liée à l’électrification et à la transition énergétique. - Le cuivre a un comportement relativement stable en ce début d’année après un S2 2025 en constante hausse. La dernière semaine poursuit cette tendance et cloture à un cours stabilisé à 12 781 USD/MT.
Ce « plateau haut » s’explique par un dollar fort et un climat « risk off », alimentés par les tensions géopolitiques et l’incertitude économique, qui pèsent sur le cours en rendant les matières premières plus chères en USD, tandis que les stocks du LME ont récemment augmenté, indiquant une offre momentanément plus abondante.
Malgré cela, la demande structurelle reste robuste, tirée par l’électrification, l’intelligence artificielle, les data centers et la transition énergétique. À court terme, le biais reste neutre à légèrement baissier tant que le dollar et les tensions macroéconomiques persistent, mais à moyen terme (2026 2028) une tendance haussière structurelle apparaît, soutenue par un déficit d’offre minière et une demande croissante liée aux infrastructures énergétiques et à l’électrification.
Précieux : Légère correction pour l’or
Après un rallye très fort, l’or se stabilise autour du seuil technique des 5 000 USD/oz (en baisse d’environ 3 % sur une semaine clôturant à 5 019 USD/oz).
Ce mouvement découle de trois forces contraires :
- D’une part, le renforcement du dollar rend l’or plus coûteux pour les investisseurs étrangers et freine la demande.
- D’autre part, la solidité des données américaines a atténué les anticipations de baisses rapides des taux d’intérêt par la Fed, ce qui pénalise un actif sans rendement comme l’or.
- Enfin, les tensions géopolitiques persistantes, notamment au Moyen-Orient, soutiennent toujours la quête de valeur refuge et freinent davantage la chute du métal.
Le résultat est un marché volatile où le dollar et le risque géopolitique s’opposent, entraînant une phase de consolidation. Néanmoins, certains analystes considèrent qu’il s’agit d’une correction saine dans un contexte globalement haussier à moyen terme.


Agriculture
Blé Meunier : le pétrole, la géopolitique et les fonds propulsent les cours
- Le contrat Blé Meunier a progressé de +5.51% la semaine passée et a clôturé vendredi soir à 210.50 euros/tonne, un niveau pas vu depuis près de 10 mois. Cette progression impressionnante a été alimentée par la remontée du pétrole (Brent > 100 usd/baril), ce qui alourdit les coûts de production et rend les exportations européennes plus attractives dans un euro en forte baisse (en dessous de 1.1500).
- Les tensions géopolitiques autour du détroit d’Ormuz, combinées aux appels d’offres publics de la Turquie et de l’Algérie, ont également donné de l'élan et ont resserré les anticipations d’offre demande. Enfin, l’achat ciblé du blé par l'Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) et le flux net acheteur des fonds spéculatifs ont amplifié la pression acheteuse, propulsant les cours à leurs plus hauts niveaux depuis plusieurs mois.
Sucre et Cacao en hausse alors que le Café est en repli
- Les prix du Café Arabica sont les seuls à terminer la semaine passée dans le rouge en chutant de près de -3% suite à la révision à la hausse de l’estimation de la récolte brésilienne 2026 27, portée à un record de 75,3 millions de sacs. Cette perspective d’excédent d’offre mondiale alimente la pression baissière sur les cours, même si l’offre physique reste un peu tendue, essentiellement à très court terme.
- Le contrat Sucre #11 New-York progresse sur les 5 derniers jours, tandis que les décisions de Petrobras sur les prix du carburant risquent de réorienter la production de canne à sucre vers l’éthanol, impactant le marché du sucre. En Europe, la Commission européenne prépare une suspension d’au moins douze mois des importations de sucre en franchise de droits, ciblant le régime d’« inward processing » qui permet actuellement l’entrée de 700k tonnes de sucre par an. Cette décision, motivée par la détresse des producteurs européens face à la faiblesse des prix, vise à rétablir l’équilibre du marché intérieur. La Commission étudiera les effets de la suspension sur le secteur domestique avant de statuer sur d’éventuelles mesures complémentaires.
- Les contrats à terme du cacao ont repris, atteignant 2,500 gbp/tonne, leur plus haut depuis le 18 février, sur la base de l’achat sur des quantités importantes de fèves par les broyeurs d’Afrique de l’Ouest, après la baisse des prix payés aux producteurs. Cette dynamique est le signe d'une demande régionale plus robuste que prévu. Toutefois, le cours reste toujours plus de 40% inférieur aux niveaux annuels, les anticipations d’une meilleure récolte mondiale et d’une demande globale plus faible continuant de peser sur le marché. Après une chute de plus de 50% des cours du cacao en un an, le marché a basculé en excédent jusqu’en 2027, mais cet excédent masque des faiblesses structurelles persistantes dans les principales origines, surtout la Côte d’Ivoire, où la météo et le vieillissement des plants limitent la production selon les spécialistes du secteur.


Pour aller plus loin
Pour suivre l’évolution des marchés, consultez le précédent bulletin daté du 9 mars 2026 “Matières Premières : Ormuz bloqué, le conflit qui ravive les craintes”.
Ce document est publié par BNP Paribas. Bien que les informations contenues dans le présent document proviennent de sources que BNP Paribas considère comme fiables, nous ne pouvons en garantir l’exactitude, ces informations pouvant être soit incomplètes, soit résumées. BNP Paribas et/ou ses sociétés apparentées peuvent, ponctuellement, avoir une position sur ou être teneurs de marché d’une valeur mentionnée dans ce document ou d’un produit dérivé de ce titre, et peuvent également solliciter, exécuter ou avoir fait des opérations sur ces titres de placement en tant que Banque d’investissement, en tant que participant à un syndicat de placement ou pour d’autres services (y compris en tant que conseiller, chef de file ou prêteur) pour toute compagnie dont il est fait mention dans ce rapport. Les estimations ou opinions contenues dans le présent rapport reflètent notre jugement à la date de ce document et peuvent être modifiées sans préavis. BNP Paribas ne pourra être tenue responsable des conséquences pouvant résulter de l’utilisation d’une quelconque opinion ou information contenues dans le présent document. Il en est de même de toute omission. Aucune démarche prévue par la loi de 1940 sur les conseillers en investissement ("Investment Advisors Act") n’a été entreprise pour faire enregistrer BNP Paribas auprès de la "Securities and Exchange Commission". Ce document ne peut en conséquence être introduit, transmis ou distribué aux Etats-Unis d'Amérique ou dans leurs territoires ou possessions, ou remis à une "US person", telle que définie par la réglementation S de la loi de 1933 sur les valeurs mobilières (Regulation S of the US Securities Act of 1933, as amended). BNP Paribas (2018). Tous droits réservés. Sources : tous les graphiques et données sont issus de Bloomberg et sont affichés à titre purement indicatif.