16 mars 2026

Matières Premières : Ormuz bloqué, le conflit qui ravive les craintes

salle des marchés

Le détroit d’Ormuz, fermé par le conflit entre les Etats-Unis et l’Iran, coupe les flux pétroliers du Golfe, réduit la production et fait bondir les cours de l’énergie. Le brut franchit le cap des 100 dollars le baril, le Gasoil dépasse les 1 000 euros la tonne et le gaz européen explose. L’électricité française, habituellement la plus compétitive d’Europe, grimpe fortement. Sur les métaux, l’aluminium reprend son envol, frôlant les sommets de 2022, alors que le cuivre reste stable grâce à des stocks abondants. L’or corrige sous la pression d’un dollar fort et l’argent chute nettement. Ces mouvements illustrent la fragilité des marchés face aux tensions du Moyen-Orient. Pour approfondir le sujet, consultez ce décryptage réalisé par le Desk Matières Premières de BNP Paribas, en date du 9 mars 2026.

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Energie

Ormuz sous blocus : le conflit du Moyen‑Orient fait flamber les prix de l’énergie

  • La 10ème semaine de l’année 2026 a été marquée par le retour d’un conflit armé entre plusieurs États du Moyen‑Orient, opposant le duo Israël–États‑Unis à la République islamique d’Iran. Les combats se sont limités, en cours de semaine, aux bombardements, tirs de missiles, attaques de drones et torpillages de navires. C’est sur l’aspect maritime que se concentre la majeure partie de l’attention des marchés, avec la fermeture du détroit d’Ormuz, point de passage principal et indispensable aux échanges commerciaux entre le Moyen‑Orient et le reste du monde. 
    À la suite du blocage de cette zone de transit, s’ajoutent les réductions de production de pétrole brut et de produits pétroliers, liées à la mise hors service volontaire (surplus) et subie (attaques) de sites de production majeurs, notamment au Qatar, au Koweït, en Irak et en Arabie Saoudite. 
    Du côté des prix des premiers contrats à terme, le Brent a progressé de +27.88 % sur la semaine, s’établissant à plus de 90 usd/bbl, tandis que le contrat Gasoil ICE a clôturé à 974.75 USD / mt le vendredi 6 mars 2026. 
  • Les prix du gaz naturel aux points de livraison européens PEG et TTF ont progressé d’environ +70% chacun, se négociant autour de 53 eur/mwh à la clôture. Au moment où nous rédigeons ces lignes le lundi 9 mars, le baril de Brent s’échange à 105 usd/bbl, le contrat Gasoil ICE a dépassé 1,060 eur/mt, et le MWh de gaz coûte plus de 61,50 euros pour une livraison au mois suivant – les niveaux les plus élevés depuis 2023. En outre, les analystes s'attendent à ce que le stockage de gaz européen termine mars à seulement 22-27% de sa capacité, nettement en dessous de la moyenne quinquennale d'environ 41%. Si moins de GNL arrive dans les quatre prochaines semaines, les niveaux de stockage pourraient encore baisser, augmentant ainsi le risque de pénuries d'approvisionnement. Par ailleurs, l'administration Trump a déclaré qu'elle envisageait plusieurs mesures pour faire face à la flambée des prix de l'énergie. Les prix de l’électricité en France, habituellement les plus compétitifs d’Europe, sont indirectement impactés par la hausse du gaz et ont augmenté de +33% au cours des cinq dernières séances, atteignant 47 eur/mwh. 
  • Enfin, les EUAs (quotas de carbone européens) qui avaient fortement baissé le mois précédent, se maintiennent autour de 69 euros/mt.

Métaux

L'Aluminium s’envole, le Cuivre étonne

L’aluminium a progressé de +9.75%, clôturant la semaine autour de 3,430 usd/mt. Ce niveau s’approche des sommets de 2022. Cette hausse s’explique par plusieurs facteurs : 

  • les tensions géopolitiques au Moyen‑Orient menacent la production (arrêt de certaines usines du Golfe qui représentent près de 20% de la production mondiale hors Chine), 
  • les difficultés logistiques, le coût élevé de l’électricité, la capacité de production limitée en Chine et la difficulté à redémarrer les fonderies occidentales. 

Ces contraintes ont engendré une prime de risque sur les métaux et ont conduit à une forte baisse des stocks d’aluminium au LME, rendant le marché structurellement déficitaire. Les analystes anticipent une poursuite de la hausse, avec des prévisions pouvant atteindre 4,000 usd/mt si les perturbations d’approvisionnement persistent.
Sur la même période, les autres métaux de base sont plus stables. Le cuivre a tout de même reculé, passant d’environ 13,300 usd/mt à 12,800 usd/mt, soit une baisse d’environ -3,6% sur la semaine écoulée. À la différence de l’aluminium, le lien avec la crise iranienne est indirect : les tensions au Moyen‑Orient ont surtout fait grimper les cours de l’énergie et du dollar, ce qui pèse sur les métaux industriels comme le cuivre. Par ailleurs, les stocks de cuivre ont récemment augmenté, limitant ainsi la dynamique haussière des prix.

Métaux précieux : prise de bénéfices et repli lié au dollar

  • Le cours mondial de l’Or a reculé de -2.03% sur la semaine, clôturant à 5,171 usd/oz après plusieurs semaines de forte hausse. Cette correction s’explique principalement par des prises de bénéfices et par le renforcement du dollar, alimenté par les anticipations de taux élevés de la Fed et par une rotation de la valeur refuge vers la monnaie américaine. Comme l’or est libellé en dollars, un dollar plus fort le rend plus cher pour les investisseurs étrangers et freine temporairement la demande. Malgré ce repli, la tendance de fond reste haussière, soutenue par les tensions géopolitiques, les achats des banques centrales et les perspectives d’assouplissement monétaire à moyen terme.
  • L’Argent a, quant à lui, baissé de -9,8% sur la semaine, clôturant à 84,5 usd/oz, un recul amplifié par les mêmes dynamiques de marché.

Agriculture

Blé en hausse, pétrole et géopolitique bousculent les marchés céréaliers

Les contrats à terme sur le blé ont atteint leurs plus fortes hausses depuis plus d’un an, portés par la flambée du pétrole et les craintes de sécurité alimentaire liées au conflit au Moyen‑Orient. Les fonds d’investissement, auparavant à découvert, basculent désormais vers des positions longues, tandis que le maïs et le soja profitent également de la dynamique haussière engendrée par les risques de transport et la valorisation accrue des biocarburants. La perturbation du détroit d’Ormuz complique les flux d’énergies et d’engrais, créant un environnement de marché volatile où chaque nouveau développement géopolitique peut déclencher de nouveaux mouvements de capitaux.

Le cacao en crise, le sucre relancé par le pétrole et le café rebondit malgré les incertitudes

  • Après être tombé sur un plus bas de quasi 3 ans, le prix de la tonne de fèves a rebondi et termine la semaine en hausse de +12.59%. La chute brutale du cours du Cacao, désormais 40% plus bas que le prix fixé à l’avance par le Ghana et la Côte d’Ivoire, a paralysé les exportateurs officiels et laissé près de 800,000 cultivateurs sans paiement, aggravant une dette de 3 milliards de dollars du Ghana Cocoa Board. Malgré un nouveau prix garanti de 3,500 usd/tonne, les producteurs, qui supportent des coûts de production d’environ 1,000 usd par hectare, voient leurs marges s’effondrer, tandis que les gouvernements cherchent à relancer la chaîne de valeur en augmentant la transformation locale. Cela se traduit par des stocks massifs d’inventaires, des baisses de salaire au sein des instances de régulation et un impact direct sur le PIB et les flux de change des deux économies dépendantes du cacao.
  • La livre de Sucre #11 New-York cède -1.40% sur la semaine mais les cours du pétrole qui s’envolent pourraient redonnent de l’élan aux sucreries indiennes, qui s’attendent à des prix d’éthanol plus élevés et à une augmentation des volumes de mélange, améliorant ainsi les fondamentaux d’un secteur pourtant en surcapacité. Certains analystes soulignent que la hausse du brut améliore les rendements de l’éthanol et rend la reconversion de la canne à sucre en éthanol économiquement attractive. 
  • Les prix à terme sur le Café Arabica ont rebondi de plus de +4% cette semaine, atteignant 2.975 usd/livre, leur plus haut niveau depuis le 13 février, alors que les cultivateurs brésiliens, confrontés à un marché intérieur moribond, accumulent leurs stocks en attendant une hausse des prix. Cette dynamique a permis de contenir les écarts de prix malgré la montée des exportations d’Honduras et du Nicaragua, tandis que la faiblesse des exportations colombiennes a également contribué à inverser une chute de -16% des cours depuis le début de l’année. Les acteurs du marché restent vigilants quant aux risques logistiques liés au conflit armé US-Israël-Iran, qui pourraient impacter les expéditions de conteneurs.

 

Pour aller plus loin

Pour suivre l’évolution des marchés, consultez le précédent bulletin daté du 2 mars 2026 “Matières Premières : Crise au Moyen-Orient, le gaz et pétrole flambent”. 

 

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