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Matières Premières : Malgré le cessez-le-feu, Ormuz toujours bloqué
Malgré les annonces de cessez-le-feu formulées la semaine dernière, l'incertitude autour de l'issue du conflit au Moyen-Orient apporte beaucoup de volatilité sur les prix des produits pétroliers et du gaz naturel, en baisse de 12 à 13% sur la semaine, mais qui rebondissent de 8% lundi 13 avril à l'ouverture. Sur les métaux, le cuivre progresse de +3,93 % pour clôturer à 12 845,5 USD/MT, l'aluminium se stabilise autour de 3500 USD/MT. L’or apparaît en légère hausse (+1,56 %) cette semaine, clôturant à 4 749 USD/Oz. Du côté des produits agricoles, le blé meunier baisse de 3.80%, quand le cacao se replie de 1.5% et que le café progresse de 1.5% sur la semaine. Les prix du sucre 11 NY chutent de 8.33% à 13.75 usdc/mt. Pour anticiper ces mouvements stratégiques, le Desk Datières Premières de BNP Paribas vous propose ce décryptage des marchés de l'énergie, des métaux et de l'agriculture, en date du 13/04/2026.
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Energie
Énergies : le cessez-le-feu et la guerre de communication génèrent une forte volatilité sur les prix des produits pétroliers et du gaz
- L’événement principal de la 15ème semaine de l’année 2026 sur les marchés de l’énergie fut l’annonce, le 7 avril, d’une trêve de quinze jours dans l’affrontement entre les États-Unis et l’Iran, couplée à la tenue de négociations entre les représentants des deux nations le samedi 11 avril, à Islamabad, au Pakistan. En réponse à ces annonces, les prix des contrats à court terme (1 mois) ICE Brent, ICE Gasoil ainsi que les contrats de gaz naturel TTF et PEG avaient immédiatement baissé le mercredi 8 avril 2026 de 10 % à 15 %, pour se stabiliser ensuite autour de 95 USD/bbl (Brent), 1 100 EUR/mT (Gasoil) et 44 EUR/MWh (TTF & PEG). Une volatilité accrue était néanmoins observée en fin de semaine : le Brent et le TTF ont légèrement remonté dans la journée, atteignant des sommets intrajournaliers de 99 $/bbl et 46,7 €/MWh respectivement, sous l’effet d’un sentiment fragile vis-à-vis de l’accord de cessez-le-feu après que le président iranien Masoud Pezeshkian a qualifié les frappes israéliennes au Liban de « claire violation » de cet accord. Parallèlement, les flux à travers le détroit d’Ormuz n’avaient pas encore repris ; seuls quelques navires, majoritairement liés à l’Iran, étaient autorisés à traverser. Le sentiment est alors redevenu positif en fin de journée du jeudi 9 avril, après que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a annoncé être disposé à accueillir des pourparlers directs avec le Liban la semaine suivante. Le Brent et le TTF ont alors cédé leurs gains, redescendant à 94 $/bbl et 46 €/MWh, pratiquement inchangés par rapport à la veille.
- D’après Aldo Spanjer et Jason Ying – stratégistes énergie BNP Paribas, la réaction des prix après le cessez-le-feu temporaire reflète une probabilité accrue de désescalade et une probabilité réduite d’escalade sévère :
- Si le cessez-le-feu se maintient, BNP Paribas prévoit une baisse des cours du mois en cours, le Brent et le TTF descendant respectivement à un plancher de 80 $/bbl et 35 €/MWh, à mesure que les flux à travers le détroit d’Ormuz reprennent.
- Si le cessez-le-feu échoue, BNP Paribas anticipe un nouveau rebond des prix, à 140 $/bbl pour le Brent et 70 €/MWh pour le TTF, les pénuries physiques prolongées se faisant ressentir de manière plus urgente, même en supposant que les infrastructures critiques restent relativement intactes.
- En cas d’escalade supplémentaire affectant les infrastructures critiques, les cours pourraient encore grimper, atteignant 200 $/bbl et 115 €/MWh.
BNP Paribas, à travers ses stratégistes, prévoit que les prix à moyen terme resteront élevés du fait d’une accumulation plus importante des stocks, de risques résiduels dans une région instable, d’un retour lent des flux et de la perte de deux sites de production de GNL qataris.
- Toutefois, suite à l’échec des négociations tenues durant le week-end, matérialisé par l’annonce des États-Unis de la mise en place d’un blocus complet de tous les ports iraniens à partir de 14h le lundi 13 avril, le contrat à terme sur le Brent de la mer du Nord pour livraison en juin a progressé à l’ouverture de 7,4 % à 102,25 dollar US le baril, tandis que celui sur le pétrole brut léger américain a bondi de 8,4 % à 104,69 dollar US le baril. Les Gardiens de la Révolution iranienne ont répondu aux annonces américaines en prévenant que tout bâtiment de guerre s’approchant du détroit d’Ormuz serait considéré comme enfreignant le cessez-le-feu et ferait face à une réponse « sévère ». Ces annonces alimentent la défiance des marchés quant à la solidité du cessez -le-feu de deux semaines annoncé la semaine précédente et relancent les inquiétudes inflationnistes liées aux prix de l’énergie, alors que les perturbations des exportations énergétiques du Moyen-Orient perdurent.
- Du côté du gaz naturel, les contrats front month TTF et PEG perdaient en moyenne 13 % sur la semaine passée et clôturaient le vendredi 10 avril aux alentours de 43 €/MWh. Le lundi à l’ouverture, pour les raisons évoquées précédemment, le prix du front month TTF a bondi de 8 % pour atteindre 47,61 €/MWh.
- L’électricité française s’affiche dans une tendance clairement haussière, alors qu’un climat frais s’est installé sur la majeure partie du pays, contrastant avec les températures douces rencontrées en semaine 14. Ainsi, le contrat front month French Power Base Load a progressé de 22 % sur la semaine, pour atteindre 25,46 €/MWh, et continuait d’augmenter le lundi 13 avril à 26,49 €/MWh.
- Pour finir, au sujet des émissions européennes de CO₂, BNP Paribas, à travers l’analyse du stratégiste Jason Ying, confirme que la suppression des règles d’invalidation du « Market Stability Reserve » du système EU ETS est finalement minime et n’a pas autant pesé sur les prix des EUA que prévu par le marché. Par conséquent, BNP Paribas confirme son hypothèse selon laquelle les changements d’allocation gratuite pour 2026 2030 par la Commission européenne seront moins baissiers que prévu, suite à l’étude des nouveaux benchmarks publiés le mardi 7 avril, qui se contentent de redistribuer les quotas en favorisant les secteurs en difficulté, compensés par une réduction de quotas dans d’autres secteurs.
- Les EUA, montrant déjà une certaine résilience face aux développements au Moyen-Orient, devraient demeurer dans la fourchette de 70 à 75 €/MWh à court terme. Le vendredi 10 avril, le spot clôturait à 71,48 €/MWh (+1,77 % sur 5 jours).


Métaux
Base Metals : l'Aluminium au plus haut depuis mars 2022
- L’Aluminium est resté relativement stable la semaine dernière (+0,84 %) après la forte hausse des semaines précédentes et clôture à 3,498.50 usd/tonne. La dynamique actuelle des prix de l’aluminium est fortement influencée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Les perturbations du détroit d’Ormuz et les attaques contre des sites industriels ont limité l’offre mondiale, plusieurs producteurs du Golfe Persique ayant ralenti ou arrêté leur production, ce qui a créé un choc d’offre sur un marché déjà tendu. Cette rareté a fait grimper les primes physiques en Europe, aux États-Unis et au Japon, soutenant ainsi les cours. Par ailleurs, les stocks restent relativement faibles, renforçant la pression à la hausse, tandis que, à court terme, une demande chinoise plus modérée contribue à tempérer légèrement la progression des cours, expliquant la récente stabilisation.
- Le Cuivre progresse de manière plus importante que l’aluminium (+3,93 %) pour clôturer à 12,845.50 usd/tonne. L’évolution des dernières semaines s’explique directement par le conflit impliquant l’Iran, qui est devenu le principal facteur de marché. L’escalade militaire et la crise du détroit d’Ormuz perturbent les flux énergétiques mondiaux, faisant monter les cours du pétrole et créant de l’incertitude économique globale. Le cuivre bénéficie également d’un double effet lié aux tensions géopolitiques : d’une part, la crainte de perturbations logistiques et industrielles incite les investisseurs à anticiper un déséquilibre de l’offre, soutenant ainsi les cours qui ont atteint récemment des sommets ; d’autre part, le conflit engendre un risque de ralentissement économique mondial via la hausse des coûts énergétiques et l’incertitude financière, ce qui freine la demande industrielle et provoque des replis ponctuels ainsi qu’une plus grande prudence des acteurs du marché. Les annonces de cessez-le-feu fragile et de pourparlers (infructueux pour le moment) entre les États-Unis et l’Iran déclenchent alors des mouvements rapides : l’espoir d’une désescalade fait bondir les prix, tandis que les doutes sur la solidité de cet accord en limitent la progression.
Les métaux précieux sur un plateau après la correction de mars
- L’or termine les cinq derniers jours en légère hausse (+1,56 %), clôturant à 4,749 usd/once. Sur quelques jours, le marché est plutôt stable à légèrement haussier, après une forte correction amorcée en mars. Sur un mois, l’or a reculé d’environ -8%, ce qui traduit une phase de consolidation après des niveaux records atteints début 2026 (jusqu’à 5,400 usd/once). Cette baisse s’explique d’abord par des prises de bénéfices des investisseurs après une forte hausse en 2024-2025 et début 2026. Ensuite, le léger rebond du dollar et des taux d’intérêt pèse mécaniquement sur l’or, qui ne rapporte pas de rendement.
- Malgré ce repli / stabilisation, la tendance de fond reste haussière. L’or demeure à des niveaux historiquement élevés (+50% environ sur un an) et les analystes continuent d’anticiper des prix élevés en 2026, soutenus par les achats des banques centrales et l’incertitude économique mondiale.


Agriculture
Le Blé sous pression après l’annonce du cessez-le-feu
- Le contrat Blé Meunier Euronext pour livraison Mai-26 a atteint son plus bas niveau depuis début mars et termine la semaine écoulée en retrait de -3.83%, après l'annonce d'un cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis et l'Iran qui a entraîné une diminution des tensions géopolitiques.
- Les marchés ont réagi de manière très bearish à la nouvelle, car les primes de risque liées à la guerre sont en train d'être éliminées, et le blé dispose de réserves mondiales abondantes, ce qui est un facteur négatif sous-jacent lorsque les risques géopolitiques s'atténuent.
Le Sucre, le Cacao et le Café toujours sous pression
- Le Cacao Londres termine la semaine écoulée en repli de -1.46% en restant dans les mêmes bornes 2,300-2,500 gbp/tonne depuis un mois. En Côte d’Ivoire, les pluies régulières ont plutôt favorisé les plantations de cacao, mais la reprise est lente à cause de la vétusté des arbres, qui nécessitent beaucoup d’engrais et de pesticides, et les producteurs peinent à écouler leurs fèves. Au Ghana, le climat a été favorable avec de fortes averses suivies de soleil, ce qui a permis une bonne croissance des cultures.
- Bien qu’il termine la semaine en légère hausse de +1.59 %, le Café Arabica a chuté à son plus bas niveau d’un mois, en raison des fortes exportations du Vietnam et des attentes d'un excédent mondial de café pour la saison 2026-27. Les prix du café sont également sous pression en raison des prévisions de récolte record au Brésil, qui devrait entraîner un excédent de 10 millions de sacs cette année. La pression sur les prix du café devrait se maintenir, notamment pour l'arabica, dont la récolte devrait commencer en mai, et pour le robusta, dont la récolte anticipée en avril et mai pèse déjà sur les prix domestiques.
- Enfin, le contrat Sugar #11 New-York chute lourdement et cède -8.33% sur les cinq derniers jours : le sucre connait sa plus longue série de pertes quotidiennes depuis 2024, avec neuf séances de baisse consécutives, en raison de la couverture des producteurs qui ont profité du rallye de mars pour verrouiller leurs prix. Cette vague de couverture a ajouté de la pression sur le marché, déjà en sur-approvisionnement, et où les perspectives d’une offre abondante pour la saison 2026-27 pèsent sur les prix. Certains analystes estiment que les fondamentaux du marché mondial du sucre restent baissiers, ce qui pourrait continuer à peser sur les cours.


Pour aller plus loin
Pour suivre l’évolution des marchés, consultez le précédent bulletin daté du 7 avril 2026 “Matières premières : Baisse sur l’énergie, contrastant avec les Métaux”.
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