Matières Premières : Le pétrole suspendu aux négociations US-Iran
Les pourparlers entre Téhéran et Washington ont désamorcé les tensions qui pesaient sur le brut, tandis que les nouvelles sanctions européennes contre le pétrole russe augurent une volatilité supplémentaire. L’adoucissement du climat en Europe a soulagé les marchés du gaz et de l’électricité, mais l’incertitude autour de la prochaine réforme du système d’échange de quotas d’émission alimente la spéculation. Le cuivre et l’aluminium retrouvent une trajectoire plus stable après les pics. La restriction de production en Chine et les tensions douanières maintenant les prix élevés. L’or, refuge habituel, a subi une forte correction liée à la perspective d’une politique monétaire plus stricte, tandis que l’argent, plus sensible aux flux de liquidité, reste sous pression. Le niveau des stocks pèse sur le blé européen, le café recule sous une offre abondante, le sucre également, et le cacao rebondit.
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ENERGIE
La situation entre l’Iran et les États‑Unis tend le marché des produits pétroliers
- Après une fin de mois de janvier dominée par la menace d’un embrasement de la situation en Iran et dans le Golfe Persique, la désescalade diplomatique amorcée le week‑end du 31 janvier a donné lieu à des discussions indirectes entre Téhéran et Washington les 5 et 6 février 2026 à Oman. Cette évolution a allégé les pressions sur le Brent : le premier contrat ICE a clôturé vendredi 6 février à 68,0 usd/bbl, soit un retrait de -3,73% sur la semaine. Pour les mêmes raisons, le contrat ICE Gasoil a enregistré un net repli de -6,10% sur cinq jours, à 682,10 usd/mt.
- À noter, l’annonce vendredi soir selon laquelle le prochain volet de sanctions européennes contre la Russie interdira totalement le transport du pétrole brut russe, ce qui pourrait encore accentuer la volatilité des produits pétroliers.
Gaz et Electricité : Baisse structurelle des cours après le froid, spéculations autour des EUA
- Dans la continuité de la baisse amorcée en fin de semaine 5, les prix du gaz naturel européen sont revenus dans la zone des 35 eur/mwh, soulagés par le réchauffement des températures dans l’hémisphère nord. Le contrat front‑month PEG s’élevait à 34,01 eur/mwh (‑10,13%) et le TTF à 32,76 eur/mwh (‑12,31 %) à la clôture du 6 février 2026. Le front‑month américain Henry Hub a suivi la même tendance, en repli de -21,41% sur cinq jours, à 3,42 eur/mmbtu, après que l’épisode glacial de fin janvier a fortement augmenté la demande de gaz de chauffage et déclenché la constitution urgente de stocks.
- Le contrat front‑month French Power Baseload, qui avait atteint un record de 12 mois le 16 février dernier (103,76 eur/mwh), a fortement corrigé durant la semaine 6 pour clôturer à 65,9 eur/mwh vendredi. Cette correction s’explique notamment par une baisse de la demande en Europe occidentale.
- Impacté par la baisse des cours de l’énergie en Europe, le prix de l'EUA Phase 4 spot est retombé sous 80 euros, une première depuis octobre 2025, pour finir à 77,1 eur/mt (‑3,06 %) à la clôture vendredi. À l’approche de la révision complète du système d’échange de quotas d’émissions (EU ETS) prévue au troisième trimestre 2026, le marché prête une attention particulière au risque qu’une allocation gratuite élargie à l’industrie assouplisse la contrainte actuelle sur l’offre. Selon Bloomberg, l’ancien haut fonctionnaire de la Commission européenne, Jos Delbeke, aurait suggéré une distribution importante de quotas gratuits avant la réforme afin de modérer le prix. Cette incertitude explique en partie la forte spéculation qui pèse aujourd’hui sur le marché.


METAUX
Métaux de base stabilisés à la baisse
- Après le record historique de 14,50 usd/mt atteint le 29 janvier, suivi d’une correction spectaculaire jusqu’à lundi dernier à la suite de l’annonce du changement de gouvernance de la Fed (nomination de Kevin Warsh, perçue comme un indice de politique monétaire plus stricte, renforçant le dollar aux dépens des matières premières), le cuivre oscille désormais autour de 13,000 usd/mt avec une volatilité importante. Certains analystes attribuent le rebond en début de semaine à des acheteurs opportunistes revenus après la chute (mécanisme classique sur les métaux libellés en USD). Sur la semaine, le cours du cuivre a légèrement reculé de -1,24% pour clôturer à 13,06 usd/mt. Cette pression baissière s’explique par le retrait des acheteurs chinois en prévision de la fermeture des marchés pour le Nouvel an lunaire.
- L’aluminium suit une dynamique similaire. Son cours a baissé de -1,88% et a terminé la semaine à 3,08 usd/mt. Le prix reste toutefois élevé (supérieur à 3,00 usd/mt) : la Chine, pour limiter son impact environnemental, a restreint sa production, ce qui réduit les volumes disponibles, tout en ayant retiré certains avantages fiscaux à l’exportation. À cela s’ajoutent les tensions sur les matières premières (bauxite, alumine) et les politiques douanières américaines en évolution, qui perturbent le commerce international.
Précieux volatils
- Jusqu’à récemment, les tensions géopolitiques et les incertitudes économiques avaient propulsé l’or vers des sommets historiques. Le jeudi 29 janvier, l’or a brutalement corrigé d’environ -20% (jusqu’à 1,000 usd/oz). Principales causes de cette volatilité : l’éventuelle nomination de Kevin Warsh à la présidence de la Fed a renforcé le dollar et a temporairement réduit la demande d’or en tant que valeur refuge ; le sell‑off a été amplifié par une sortie massive de positions à effet de levier, accentuant la chute des prix à court terme.
- Sur la semaine, l’or a progressé de +1,43% pour clôturer à 4,964 usd/oz. Sur le plan technique, certains analystes estiment qu’après la correction, l’or pourrait tester un support autour de 4,428 – 4,74 usd/oz avant de reprendre éventuellement une tendance haussière. Malgré la volatilité actuelle, les analystes restent optimistes à long terme, avec des objectifs parfois supérieurs à 6,000 usd/oz d’ici fin 2026, soutenus par une demande continue des banques centrales et des investisseurs (notamment le fonds crypto Tether) en quête de diversification.
- L’argent, après une correction plus forte que l’or suite au pic du 29 janvier, montre des signes de rebond technique mais ne parvient pas à compenser la perte. Sur la semaine, il a enregistré une baisse de -8,64 % pour clôturer à 77,80 usd/oz, la différence s’expliquant par une liquidité moindre que celle de l’or.


AGRICULTURE
Le blé cède du terrain alors que les stocks mondiaux sont à un niveau record
- Le 1er contrat Blé Meunier Euronext pour livraison Mars-26 a fait une grande partie de la semaine en hausse jusqu'à jeudi grâce à un eurodollar plus faible, ce qui a donné un peu d'élan aux grains européens sur les marchés internationaux. Cependant, la tonne de grains termine finalement les 5 derniers jours en retrait de -2.19% à 190.00 euros dans un contexte toujours très concurrentiel, face aux origines Mer Noire et Argentine notamment.
- Selon un rapport de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le ratio mondial des stocks de céréales par rapport à la consommation devrait atteindre 31,8 % au cours de la campagne 2025-2026, soit le niveau le plus élevé depuis 25 ans. La production mondiale devrait atteindre un niveau record de 3,02 milliards de tonnes, selon un rapport publié vendredi.
Softs : le café, le sucre et le cacao face à l’abondance
- Le Café Arabica termine les 5 derniers jours en fort repli de -10.74% et clôture la semaine à 296.55 centimes de Dollars US la livre, un niveau pas observé depuis le mois d'Août 2025. Le prix de la graine baisse fortement dans un contexte d’amélioration des perspectives d’offre, avec une hausse des expéditions en provenance d’Amérique centrale et des prévisions de récoltes plus importantes au Brésil qui devraient peser sur les prix dans les mois à venir.
- Le contrat Sucre #11 New-York termine lui aussi la semaine en baisse assez nette, cédant -2.93%, toujours sous le poids d’un excédent mondial renforcé par une récolte record attendue au Brésil qui maintient les prix à des niveaux historiquement bas. Les acteurs de la conférence de Dubaï anticipent un second surplus, plus modeste, pour 2026-27, tandis que la persistance de stocks européens et les exportations indiennes prolongent la pression baissière. A noter que les spécialistes soulignent l'incertitude autour des conséquences du phénomène El Niño qui constitue le seul facteur de volatilité capable de rompre ce scénario de surabondance et de faire fluctuer substantiellement la production asiatique.
- Enfin, les contrats à terme sur le Cacao Londres ont rebondi de façon dynamique en enregistrant une progression de +4.70% après que les arrivées portuaires en Côte d’Ivoire ont montré un recul, plaçant le marché dans l'inquiétude. Les livraisons hebdomadaires s’élèvent à 33,233 tonnes, portant le total saisonnier à 1.23 millions de tonnes, bien en dessous des 1.29 millions de tonnes enregistrés l’an précédent. Certains analystes interprètent ce ralentissement comme un déclencheur potentiel d’un retournement technique dans un contexte de baisse annuelle de 30% des cours.


Pour aller plus loin
Pour suivre l’évolution des marchés, consultez le précédent bulletin daté du 02 février 2026 "Matières Premières : Volatilité et nouveaux records !”.
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