11 mai 2026

Matières premières : Le blocus se prolonge, les marchés sous tension

salle des marchés

Le Brent reste volatil, entre hausse et correction, les prix restant au-delà du seuil des 100 dollars/baril, signe d’un marché sous tension. Cette dynamique vient de la guerre au Moyen-Orient et des perturbations du détroit d’Ormuz, malgré des tentatives de sécurisation. En France, le prix de l’électricité recule grâce à une demande modérée et à une production abondante, tandis que le gaz naturel rebondit en raison de la prime de risque liée au conflit. Les métaux de base voient le cuivre et l’aluminium terminer la semaine en repli et le nickel en hausse alors que l’or poursuit sa correction. Enfin, du côté des matières premières agricoles, le blé grimpe à cause de la sécheresse, le sucre rebondit et le café reste sous pression. Pour anticiper ces mouvements stratégiques, le Desk Matières Premières vous propose ce décryptage des marchés de l'énergie, des métaux et de l'agriculture, en date du 04/05/2026.

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Energie

Pétrole : une instabilité persistante

Sur la dernière semaine, le cours du Brent a été très volatil mais globalement élevé, avec une séquence en deux temps :

  • D’abord, en début de période (fin avril 2026), le prix a fortement progressé, atteignant environ 120 USD le baril le 29 avril, soit un plus haut depuis plusieurs années (des pics ponctuels autour de 126 USD ont été observés en séance). Cette hausse prolonge une tendance déjà haussière.
  • Ensuite, en milieu de semaine, les prix se sont stabilisés puis légèrement repliés autour de 110 USD.
  • Enfin, au total sur la semaine, on observe donc une forte hausse initiale suivie d’une correction, mais les niveaux restent élevés (au-dessus de 100 USD), ce qui traduit un marché toujours sous tension.
  • L’explication principale de cette évolution est géopolitique. La flambée initiale est liée à la guerre au Moyen-Orient et surtout aux perturbations dans le détroit d’Ormuz, un point clé du transport mondial de pétrole, qui fait craindre des ruptures d’approvisionnement. Le blocage partiel de cette route maritime et les tensions entre les États-Unis et l’Iran alimentent une prime de risque importante sur les prix.
  • Le repli récent s’explique plutôt par des facteurs d’apaisement relatif et technique : annonces d’initiatives pour sécuriser le trafic maritime, anticipation d’une hausse de production de l’OPEP+, annonce de la sortie des Emirats Arabes Unis de l’OPEP, et la prise de bénéfice après la hausse rapide. Toutefois, ces éléments ne suffisent pas à inverser la tendance de fond.

L'électricité en repli alors que le gaz rebondit

  • Du côté du Power, on observe une baisse importante du prix de l’électricité française. Cette baisse s’explique principalement par des fondamentaux électriques détendus en France : une demande faible de mi-saison et des conditions de production favorables (notamment nucléaire et renouvelables), qui pèsent sur les prix de gros.
  • S’agissant du Gaz, entre le 24/04 et le 01/05, le TTF affiche une légère hausse, passant d’environ 44.16 EUR/MWh à 45.8 EUR/MWh, soit une progression de +2%.  Cette augmentation s’explique par un rebond après un point bas et par les tensions géopolitiques persistantes qui soutiennent les prix via une prime de risque sur le GNL, malgré des fondamentaux plutôt baissiers comme une demande faible (fin de saison) et des stocks en phase de reconstitution en Europe.

Le prix du CO2 en baisse, la demande industrielle en retrait

  • Enfin, entre le 24 avril et le 1 mai, le prix des quotas carbone européen (EUA – phase 4) a glissé d’environ 73.6 EUR/mt à  72.6 €/mt, soit une baisse de 1.3%. Cette évolution résulte surtout d’attentes de demande industrielle plus faible en Europe dans un contexte économique incertain, ainsi que d’un ajustement des prévisions de marché concernant les réformes de l’EU ETS, perçues comme moins contraignantes à court terme.
  • Ainsi, le marché des EUA s’est affiché légèrement baissier sur cette période, traduisant des perspectives de demande plus modérées malgré un cadre réglementaire toujours structurant.

Métaux

Cuivre et Aluminium en retrait : un optimisme prudent persiste

  • Le Cuivre poursuit sa baisse, les marchés réagissant aux incertitudes des négociations États‑Unis‑Iran qui maintiennent les pressions inflationnistes et freinent la demande de métaux industriels. En Chine, la diminution des stocks et le durcissement fiscal ralentissent le négoce physique. L’ensemble du secteur reste sous le poids de la volatilité énergétique et des tensions géopolitiques, même si un optimisme prudent persiste parmi les acteurs chinois, selon certains spécialistes.
  • De son côté, l’Aluminium cède légèrement moins que 5% sur la semaine écoulée et clôture à 3,522 usd/tonne , les marchés restant dépendants du blocus naval maintenu par Trump et dans l’incertitude autour de l’ouverture du détroit d’Ormuz. Un établissement financier de renom prévoit que les prix pourraient atteindre 4,000 usd/tonne même en cas de réouverture, le redémarrage des fonderies et le réapprovisionnement prenant du temps.
  • Dans ce contexte, les autres métaux de base affichent des performances similaires, le Plomb cède -0.69%, le Zinc -3.69% et l'Etain perd -1.80%, tandis que la croissance du PIB américain à 2 % au premier trimestre soutient l’optimisme macroéconomique.
  • Seul le Nickel progresse et atteint même son pic quinquennal, soutenu par la réduction des quotas indonésiens et la rareté du soufre qui serre l’offre mondiale.

L'or enregistre sa deuxième baisse hebdomadaire consécutive

  • L’or, après deux semaines consécutives de baisse, prolonge la tendance et termine les cinq derniers jours en repli de -2.02%, tandis que les tensions États‑Unis‑Iran maintiennent les attentes d’inflation élevées et les perspectives de baisses de taux à l’écart. Le dollar se renforce légèrement après les menaces de hausse des droits de douane américains sur l'Europe, ce qui pèse sur la demande d’un actif non rémunérateur comme l'or, mais les banques centrales continuent d’en accumuler à un rythme record depuis plus d’un an.
  • Les analystes voient le scénario haussier à moyen terme comme crédible, conditionné à une désescalade au Moyen‑Orient et à une détente des anticipations de hausse des taux.

Agriculture

Le Blé porté par la météo, le coût des engrais et la géopolitique

  • Le principal contrat Blé Meunier Euronext pour livraison Septembre-26 a terminé la semaine en hausse de +2.03% pour atteindre un plus haut en séance à quasiment 218 euros/tonne, reflétant la combinaison d’une sécheresse persistante dans les régions productrices et de l’explosion des coûts d’engrais qui contraint les agriculteurs à réduire leurs surfaces plantées.
  • La tension géopolitique, et notamment le conflit en Iran, vient encore aggraver le contexte en faisant grimper les prix des matières premières à leurs plus forts niveaux depuis 2022, renforçant ainsi la pression sur les marges agricoles mondiales.

Le Sucre et le Cacao rebondissent tandis que le Café reste sous pression

  • Le contrat Sucre 11 New-York a bondi de +7.32% pour toucher 14,95  centimes la livre, son niveau le plus élevé depuis le 7 avril, sous l’impulsion d’une hausse du pétrole qui rend la conversion de la canne à sucre en éthanol plus lucrative au Brésil. Les analystes prévoient que le « sugar‑mix » brésilien passera d’environ 45 % à 31 % de canne transformée en sucre dès le début de la campagne 2026‑27, réduisant l’offre mondiale. Le marché anticipe une volatilité accrue avant l’échéance du contrat de mai, avec un fort intérêt ouvert et un resserrement de l’écart entre les contrats de mai et juillet.
  • Les contrats à terme sur le Cacao Londres ont bondi de +4.92% sur la semaine écoulée après que Hershey et Mondelez, deux leaders mondiaux de la confiserie et des produits en chocolat, ont affiché des résultats supérieurs aux prévisions grâce à des hausses de prix, tandis que les deux géants soulignent une consommation de chocolat toujours stable mais soumise à une sensibilité accrue des consommateurs. Cette dynamique place le marché du cacao sous tension entre une résilience de la demande et les risques de nouvelles pressions inflationnistes.
  • Enfin, les contrats à terme sur le Café Arabica ont cédé -2.88% sur les cinq derniers jours, les torréfacteurs restant en mode « wait‑and‑see » avant le démarrage de la récolte brésilienne en mai et profitant de stocks à leur plus bas niveau depuis début mars. Le Département de l’Agriculture des États‑Unis a revu à la baisse à 542,000  sacs la prévision de production salvadorienne pour 2026‑27, tandis que la production guatémaltèque devrait dépasser 3,1 millions de sacs, reflétant les incertitudes climatiques de la région. Malgré la pression sur les prix du café, Nestlé a affiché une croissance organique du chiffre d’affaires au premier trimestre, témoignant d’une demande résiliente qui soutient le secteur.

Pour aller plus loin

Pour suivre l’évolution des marchés, consultez le précédent bulletin daté du 13 avril 2026 Matières premières : Baisse sur l’énergie, contrastant avec les Métaux

 

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