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23 septembre 2022

Comment se prémunir contre la hausse des matières premières

Les prix des matières premières, et notamment de l’énergie, flambent. Cette hausse devrait perdurer mais il est possible de s’en prémunir grâce aux couvertures financières. Le point avec Stevy Malonga, responsable du Desk Matières Premières chez BNP Paribas.

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La forte hausse du prix des matières premières 

 

Depuis la sortie de la phase aigüe de la pandémie de la Covid-19, les prix des matières premières ont connu 3 cycles haussiers marquants.

 

Phase 1 : l’avènement du vaccin contre la Covid-19

 

Après la stupeur des confinements successifs à travers le monde, l’espoir suscité par la découverte du vaccin contre la Covid-19 a relancé la consommation mondiale et donc les processus de production. 

Conséquence : une hausse simultanée de la demande en énergie (pétrole, gaz, électricité, dérivés plastiques), en métaux industriels (aluminium, cuivre, acier, nickel et du prix des énergies mais aussi des matières premières agricoles, avec notamment le blé dont une bonne partie de la production mondiale a servi à nourrir les cheptels de porcs chinois réduisant de fait l’offre sur le marché mondial.

 

Phase 2 : le déclenchement de la guerre en Ukraine

 

Le contexte géopolitique a mis en lumière la dépendance énergétique des pays de l’Union européenne et de l’Allemagne en particulier au pétrole et au gaz russes. Les mesures de réduction d’achats d’énergies en provenance de la Russie et les sanctions économiques associées ont eu pour conséquence une explosion des prix du gaz et de l’électricité, les deux étant corrélés. A cela s’ajoute, la hausse du prix du blé due à l’incapacité de la Russie et de l’Ukraine, principaux producteurs mondiaux, à exporter leur production.

 

Phase 3 : le retour de l’inflation

 

Les politiques monétaires accommodantes mises en place pour relancer les économies au sortir de la crise sanitaire et la crise énergétique ont eu pour impact une hausse de l’inflation en Europe atteignant 5,9% en France à fin août 2022. Pour tenter de juguler la situation, les banques centrales, notamment américaines et européennes, ont mis en place des politiques monétaires restrictives via des augmentations graduelles mais fermes des taux directeurs.

Fruit de la résurgence des cas de Covid-19 et d'une politique “zéro Covid”, le ralentissement de l’économie chinoise avec l'arrêt de certaines unités de production, a une incidence directe sur la demande en métaux industriels qui a son tour entraine une baisse des prix.

Cette situation, couplée à la hausse des prix de l’énergie qui fragilise le marché des dérivés listés côté producteur avec une augmentation de besoin de cash pour faire face à la hausse des appels de marge et des dépôts initiaux demandés par les chambres de compensation, entrainent une réduction du nombre d’acteurs sur le marché et donc des problématiques de liquidité.
Stevy Malonga, responsable Desk Matières Premières chez BNP Paribas

 

Allons-nous passer l’hiver au chaud ? 

 

A court-terme, les stocks de gaz en Europe sont bien constitués. En valeur absolue, l’Allemagne, la France, l’Italie et les Pays-Bas sont les pays avec les plus grosses capacités, alors que plusieurs autres comme la Grèce, la Finlande et l'Estonie n’ont aucun site de stockage. 

Les accords de mutualisation des ressources énergétiques au niveau européen permettront de compenser des besoins ponctuels en période de pic de consommation ou d’hiver plus rigoureux qu’attendu. A titre d’exemple, l'Allemagne profite des capacités de la France à s’approvisionner en gaz naturel liquéfié grâce à ses 4 terminaux méthaniers et la France de la production allemande d'électricité.

A plus long terme, un changement plus structurel dans les sources d’approvisionnement des pays de l’UE en gaz a été entrepris depuis le début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine réduisant drastiquement la part des importations russes. A cela s’ajoute, un engagement à augmenter la part des énergies vertes dans le pool en cohérence avec l’engagement de neutralité carbone à horizon 2050, avec notamment la création d’une banque publique européenne dédiée au développement de l’hydrogène.

Concernant l’évolution des prix à court et moyen terme, malgré les dispositifs proposés par l’Union européenne comme le bouclier énergétique, la décorrélation du prix de l’électricité de celui du gaz ou création d’un nouvel indice de marché, il reste peu probable que les prix de l’énergie retrouvent leurs niveaux historiques.    

 

La couverture financière : un outil de pilotage stratégique pour les entreprises

 

La hausse des prix des matières premières n’est pas une fatalité. Les entreprises qui ont une stratégie de couverture bien définie sur 3 ou 4 ans sont plus compétitives que les autres dans leur secteur d’activité et captent des parts de marché significatives malgré la crise énergétique. La maitrise des coûts de l’énergie via la mise en place de couvertures financières permet une continuité de l’activité sans requérir à des arrêts d’unité de production.

Toute entreprise qui a une bonne visibilité sur ses besoins en matières premières, à moyen ou long terme, a tout intérêt à anticiper et à se doter d’un produit de couverture pour neutraliser cet effet, et moyenner à la baisse ses coûts de production.

Toute matière première qui cote sur un marché (énergie, métaux, produits agricoles) peut faire l’objet d’une couverture pour : 

  • Se protéger contre les variations de prix ;
  • Bénéficier d’une visibilité sur les coûts d’approvisionnement ;
  • Préserver sa marge commerciale.

Il n’est pas recommandé de couvrir 100% de son exposition en une seule fois, en effet, une politique de couverture par palier et lissée dans le temps est souvent plus vertueuse car elle permet de moyenner à la baisse le prix de revient du sous-jacent couvert. 

Les augmentations de prix de l'énergie de gros ont conduit certains fournisseurs à mettre la clé sous la porte, à augmenter brutalement leurs tarifs ou à annuler les contrats. C’est pourquoi il est préférable de privilégier un fournisseur fiable et de dissocier l’approvisionnement de la fixation du prix. Autrement dit, s’approvisionner à un prix variable auprès de son fournisseur et s’appuyer sur un partenaire bancaire solide et historiquement reconnu sur le marché comme BNP Paribas, pour couvrir le risque de volatilité des prix.
Stevy Malonga, responsable du desk Matières Premières chez BNP Paribas
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