Exotec : comment est née la première licorne industrielle française
Fondée près de Lille en 2015, Exotec a vu son chiffre d’affaires multiplié par six en trois ans, pour atteindre environ 300 millions d’euros. Ses 7 000 robots sont aujourd’hui installés dans 15 pays, faisant d’elle la première licorne industrielle française, une valorisation bâtie sur du matériel robotique plutôt que sur du logiciel. Yann Leca, directeur financier, et Renaud Heitz, cofondateur et directeur technique d’Exotec, reviennent sur les clés de cette expansion et sur le rôle de leur partenaire bancaire dans cette trajectoire.
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Exotec, qui est cette licorne industrielle française ?
Exotec conçoit et fabrique des systèmes robotiques pour l’intralogistique, destinés aux entrepôts des e-commerçants, des enseignes de retail et des industriels. Le constat de départ de ses fondateurs : la grande majorité des entrepôts dans le monde utilisent encore une technologie dépassée, avec un important potentiel de gains d’efficacité inexploité.
Son système phare, Skypod, utilise de petits robots capables d’évoluer dans les trois dimensions pour atteindre des marchandises stockées jusqu’à 12 mètres de hauteur, une différence majeure avec les systèmes 2D classiques. Son convoyeur Skypath peut transporter jusqu’à 2 500 bacs par heure, tandis que son bras robotisé Skypicker, qui s’appuie sur du machine learning, traite désormais 600 articles à l’heure. L’ensemble est piloté par le logiciel Deepsky, capable de s’intégrer aux autres outils de gestion d’entrepôt existants chez ses clients.
Fondée en 2015 à Lille, Exotec équipe aujourd’hui les entrepôts de grandes enseignes telles que Carrefour, Decathlon, Uniqlo ou Gap.
Une croissance x6 en trois ans
Le succès commercial d’Exotec s’est traduit par une accélération rapide : son chiffre d’affaires a été multiplié par six en trois ans, pour avoisiner aujourd’hui les 300 millions d’euros. Lors de sa dernière levée de fonds en 2022, l’entreprise était valorisée à 1,7 milliard d’euros, une distinction notable dans un écosystème de licornes françaises jusque-là dominé par les entreprises de logiciel plutôt que par le matériel industriel.
L’entreprise réalise aujourd’hui la moitié de son chiffre d’affaires en Europe, et la majeure partie du reste en Amérique du Nord et au Japon. Ses 7 000 robots sont désormais installés dans 15 pays.
Ce que dit le témoignage sur le rôle du financement
Dans cette vidéo, Renaud Heitz, cofondateur et directeur technique d’Exotec, revient sur les années de R&D intensive qui ont précédé cette accélération commerciale : après des "efforts considérables" de développement, l’entreprise a voulu croître le plus vite possible pour capitaliser sur ces investissements. Pour une entreprise en forte croissance, souligne-t-il, tout est affaire d’anticipation, d’où le besoin d’un partenaire bancaire qui comprenne suffisamment bien son activité pour anticiper ses besoins de financement à plusieurs mois ou plusieurs années.
Cette collaboration a démarré à la mi-2022 autour d’une opération de financement en leasing pour l’un des clients d’Exotec, avant de s’élargir : ouverture de comptes bancaires à l’étranger, couverture des revenus encaissés en devises étrangères, financements du fonds de roulement, garanties bancaires et financements acheteurs pour développer sa base de clientèle, puis accompagnement sur des sujets plus stratégiques comme les opérations de fusion-acquisition et les levées de fonds.
Yann Leca, directeur financier d’Exotec, résume l’enjeu : une banque d’envergure internationale capable de répondre aussi bien aux besoins opérationnels croissants qu’aux attentes plus stratégiques de banque d’investissement, avec une réactivité qu’il juge remarquable pour une banque de cette taille.
Cette dimension fait écho à un constat plus large : les entreprises deeptech françaises, qui reposent sur une R&D longue avant la génération de revenus significatifs, ont besoin de partenaires financiers capables de s’engager sur la durée plutôt que de rechercher un retour rapide.
Un marché de la robotique d’entrepôt en plein essor
Portée par la croissance de l’e-commerce, la pénurie de main-d'œuvre et la hausse des coûts salariaux, l’automatisation des entrepôts n’est plus perçue comme un projet à long terme par les exploitants logistiques : nombre d’entre eux prévoient désormais d’automatiser leurs installations dans les deux à trois prochaines années, une tendance renforcée par la volonté de relocaliser la production industrielle au plus près des marchés finaux.
Questions fréquentes
Pourquoi Exotec est-elle considérée comme la première licorne industrielle française ?
Parce qu’elle est la première entreprise française à avoir atteint une valorisation d’un milliard d'euros sur la base d’une activité de fabrication de matériel (hardware), et non de logiciel, un profil rare dans l’écosystème des licornes françaises, historiquement dominé par le software.
Que fabrique Exotec concrètement ?
Des systèmes robotiques d’automatisation d’entrepôt, dont le Skypod, un robot capable de se déplacer en trois dimensions pour
stocker et transporter des bacs de marchandises jusqu’à 12 mètres de hauteur.
Quelle est la taille actuelle d’Exotec ?
L’entreprise emploie plusieurs centaines de personnes réparties entre la France, les États-Unis, le Japon et l’Allemagne, pour un chiffre d’affaires annuel avoisinant les 300 millions d’euros et 7 000 robots installés dans 15 pays.
Pour aller plus loin sur l’écosystème français de l’innovation industrielle, découvrez notre article sur la recomposition entre IA, deeptech et greentech, qui revient sur ce que le temps long du deeptech implique pour le financement des entreprises innovantes. Vous pouvez aussi consulter notre article sur les besoins spécifiques des ETI face à l’IA, qui aborde les enjeux de financement propres aux entreprises industrielles de taille intermédiaire, ou découvrir WAI by BNP Paribas, le dispositif d'accompagnement du groupe pour les start-up et entreprises innovantes.
Témoignage initialement publié en mai 2024.