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15 décembre 2022

Greentech : l’innovation au service de la transition écologique

Décarbonation de l’industrie, optimisation de la chaîne logistique, recyclage des déchets, réduction de la consommation énergétique des entreprises et des bâtiments, nouvelles mobilités : autant de secteurs dans lesquels les start-up se démarquent. Tour d’horizon de l’innovation verte en France avec Florent Garcia, directeur de WAI by BNP Paribas.

Evoluer dans un écosystème innovant

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La greentech, concrètement, c’est quoi ?


Une greentech, c’est une start-up qui propose une solution innovante qui contribue à l'un des 6 objectifs fixés par l’Union Européenne sur la protection de l’environnement. On retrouve par exemple l’atténuation du changement climatique, la protection des écosystèmes ou encore le développement de solutions dédiées à l’économie circulaire. 
Il existe beaucoup de solutions dédiées aux entreprises, comme Greenly ou Sweep, pour mesurer leur empreinte carbone. D’autres solutions BtoC plus connues du grand public entrent également dans la catégorie des greentech. C'est le cas de Backmarket qui sert d'intermédiaire entre particuliers et professionnels pour le reconditionnement et la vente d'appareils électroniques. Blablacar et sa plateforme de covoiturage est aussi un bon exemple, car elle permet aux particuliers de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

 

Quels sont les secteurs concernés par la greentech ?


Tous les secteurs sont concernés mais les enjeux sont différents. Pour se repérer, il suffit de comprendre où les efforts doivent être faits en priorité dans chaque secteur pour améliorer leur impact environnemental.

Prenons le BTP, c’est un secteur avec de forts enjeux liés à la gestion et le recyclage des déchets, la composition des matériaux ou à la consommation énergétique des bâtiments. 

Le secteur de l’énergie justement avec des solutions alternatives dites “bas carbone” qui gagnent en maturité, à l’instar de l’hydrogène, ou de la méthanisation. Dans l’industrie, les procédés reposent très lourdement sur la pétrochimie mais l'ambition est de de se tourner vers des procédés biosourcés.

L’agriculture doit aussi faire face aux réglementations sur les engrais et les pesticides et évoluer vers une alimentation durable. La France est d'ailleurs le leader européen dans le développement des protéines d'insectes. 
Enfin, dans le transport et la mobilité en général, il y a deux grands enjeux : le déploiement des bornes de recharge et le stockage de l’énergie. La fabrication, la maintenance et le recyclage des batteries est une nécessité pour les acteurs de la mobilité qui souhaitent s’assurer une indépendance dans ce marché à la demande croissante.

 

De quelle taille de marché parle-t-on ?


En France, environ 800 start-up développent un produit ou une solution technologique pour répondre à un enjeu environnemental. Une grande partie d’entre elles sont encore au stade de recherche et développement. 

Néanmoins, sur les quelques 8 milliards d’euros collectés par les start-up françaises au 1er semestre 2022, 2,2 milliards sont le fait des greentech. Une performance impulsée d’une part par les solutions digitales, mais aussi par le secteur de la mobilité. Avoir fixé une date pour la fin de la commercialisation des moteurs thermiques en Europe encourage les investisseurs.

 

Comment se situe la France par rapport au reste du monde ?


En nombre, la France est le 4e écosystème greentech en Europe, après la Suède, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Bruno Lemaire – Ministre de l’Economie et des Finances – a d'ailleurs fixé l’objectif à la French Tech de passer premier d’ici 2025. 
Le secteur des greentech est très comparable à la deeptech, il repose énormément sur la recherche et le développement qui prend souvent de longues années. Années pendant lesquelles les entreprises ne génèrent pas ou peu de chiffre d’affaires, il leur faut donc des investisseurs capables d’être présents sur le long terme. Une politique publique favorable à l’investissement dans ce secteur encourage aussi les acteurs privés du financement, en créant un cercle vertueux et un terreau fertile.

 

Quelles sont les start-up qui vous ont marqué récemment ?

 

Il en existe des dizaines qui apportent des solutions concrètes dans les secteurs traditionnellement émetteurs de CO2.

Dans le BTP, parmi les plus impressionnantes, il y a Materrup, une plateforme technologique de rupture qui permet la production de ciments biosourcés pouvant contenir jusqu'à 70% d'argile. D'autres transforment les déchets non-recyclables, non-inertes et non-dangereux, en granulats minéraux, autrement dit en pierres utilisables dans le secteur de la construction.

Dans le secteur de l’énergie, il y a Waga qui valorise le biogaz des sites d'enfouissement sous forme de biométhane. Une technologie innovante, vertueuse, mature et cotée en bourse.

Dans l’agriculture, il existe plusieurs solutions bluffantes. Ynsect et Innovafeed, par exemple, qui réussissent la prouesse de nourrir truites, volailles, et autres cochons avec … des protéines d’insectes ! Quand on sait l’impact environnemental qu’a l’agriculture intensive, c’est révolutionnaire. Quant à Toopi-Organics, ils produisent des engrais naturels produits à base d’urine humaine. C’est ingénieux car il s’agit là d’un fertilisant à la fois naturel renouvelable et infini.

 

Quelles sont les tendances auxquelles s'attendre ? 

 

L'un des sujets qu’on devrait voir émerger dans les prochaines années est le développement de l’industrie verte. Les enzymes, les microbes, les matériaux biosourcés, sont des pistes sérieuses pour permettre aux différents acteurs de s’affranchir de la pétrochimie dans leurs procédés de fabrication et remplacer le pétrole dans les composants de produits de grande consommation. À l’heure actuelle, cela concerne seulement 70 start-up en France, c’est donc un marché très restreint. Pili est l'une d'entre elles : elle produit des pigments de manière organique, là où 99% des couleurs produites aujourd’hui le sont à partir de ressources fossiles.

Enfin, la technologie qui a le plus d’attention aujourd’hui c’est la capture du carbone qui consiste à extraire le CO2 de l’atmosphère pour le séquestrer, en général dans les sols. Quelques projets aboutissent principalement en Europe du Nord, mais les procédés sont encore très énergivores. Ils ne doivent pas nous laisser penser que nous pouvons atteindre les objectifs de neutralité carbone sans diminuer nos émissions.